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Les deux cortèges

10 juillet 2017
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Jean RODHAIN, « Les deux cortèges », Messages du Secours Catholique, n° 28, février 1953, p. 1.

Les deux cortèges

J'en demande pardon à mes chers amis d'Amérique. Je n'oublie pas, je n'oublierai jamais qu'ils nous ont délivrés au prix de la vie de leurs jeunes soldats[1].

Mais je cherche à comprendre le cortège (coût : X millions de dollars, donc, X milliards de francs) organisé pour introniser leur nouveau Président. Pour ce Président, qui tient dans sa main la paix ou la guerre de la mappemonde, il y a eu un défilé d'intronisation dont presse, radio, cinéma et télévision ont informé l'univers. Chars, vétérans, girls en maillots de bains, éléphants. On serait tenté d'y trouver une parenté avec le cirque, mais comme le « clou » du défilé était le nouveau « canon atomique », on n'a pas envie de rire du tout, surtout lorsqu'on habite sur le prochain champ de bataille. Le seul instant sérieux a été la minute de prière du Président. Mais le cortège n'était pas digne d'un peuple qui croit guider le monde. Dans cette exhibition on aurait aimé découvrir un symbole, une idée, une civilisation...

Dans la même semaine, un autre cortège s'avançait et combien différent. Aucune arme, sinon symbolique. Chaque costume rappelait quelques siècles d'histoire du monde. Chaque geste était un rite tout rempli de symboles. Et de la tombe de Pierre au Trône de Pie XII, ces nouveaux cardinaux semblaient transporter vingt siècles de chrétienté. Le cortège du Consistoire n'avait de sens que parce que formé par les Apôtres de ce temps dans la Basilique du Premier Apôtre. Il ne s'expliquait que porté par la foi de l'immense peuple chrétien. Il ne s'expliquait que par le Christ vivant dans l'Eglise. Cortège de sobriété et de grandeur où même une âme, n'ayant qu'une seule once de foi, oublie la figure humaine de Rome pour reconnaître la Rédemption du monde continuée...

Au lendemain du Consistoire, au moment où l'audience de ceux qui avaient accompagné S. Em. le cardinal Feltin se terminait, le Pape a désigné le Secours Catholique par un seul mot : « La Charité ».

Quelle invitation à lire le texte que ce Pape vient de publier sur la Charité.

Dans son radio‑message, le Pape reprend des thèmes déjà traités par lui précédemment : les réfugiés, la limitation des naissances, les répartitions des richesses.

Pour la première fois, voici dans ce texte[2] un exposé complet sur l'actualité de la charité personnelle, sur l'importance de la promouvoir dans ce monde socialisé.

« C'est une véritable charte pour le Secours Catholique », disait aussitôt un des membres de l'entourage du Saint‑Père.

Lisons‑la, relisons‑la[3].

Jean RODHAIN.

 

[1] Et aussi qu'ils nous ont envoyé des vivres pour nos enfants sinistrés. Mais la reconnaissance pour ceci ne doit pas nous rendre aveugles pour autant.

[2] Page 3 de ce numéro de "Messages".

[3] Page 3 de ce numéro de "Messages".