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En quoi cela nous concerne-t-il ?

13 juillet 2017
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Jean RODHAIN, « En quoi ceci nous concerne-t-il donc ? », Messages du Secours Catholique, n° 39, mai 1954, p. 1.

En quoi ceci nous concerne‑t‑il ?

‑ Allo, me téléphone ce grand reporter, je cherche un sujet d'article actuel.

‑ J'ai...

‑ Mais original.

‑ Voici.

‑ Mais quel sujet ?

‑ L'Année Mariale.

‑ Non, merci, connu. J'étais à Rome en 1950, je connais par cœur vos histoires. Sujet épuisé. Je sais : Boniface VIII instituant la première Année Sainte en 1300.

‑ Vous n'y êtes pas, reporter renseigné, il ne s'agit pas des traditionnelles Années Saintes, il s'agit de tout autre chose.

‑ Elles datent de quand, vos Années Mariales ?

‑ Il n'y en a jamais eu. C'est, dans l'histoire du monde, un précédent inouï.

‑ Mais, alors, c'est une actualité hors‑ligne. On ne nous l'avait jamais dit.

‑ C'est pour cela que je vous le dis. En l'an 3000, vos confrères reporters annonçant la 45ème Année Mariale évoqueront la première de toutes : celle de 1954 (ou 1955, les archéologues ne seront pas d'accord) et présenteront comme des « précurseurs historiques » vous-même et moi, et tous nos lecteurs de cette fameuse première Année Mariale.

‑ Alors, on organise des pèlerinages à Rome ?

‑ Pas question. Il s'agit de regarder en face, clairement, paisiblement au milieu de ce torrent de boue qui déferle depuis le péché originel et nous submerge tous, cette unique silhouette de clarté et de pureté, la Seule Immaculée : Marie. Il s'agit, à sa clarté, de comprendre notre condition de misère. Il s'agit de comprendre la misère des autres.

‑ C'est, somme toute, un pèlerinage moral sans bouger ?

‑ Au contraire, ça doit bouger. Dévotion = se dévouer. L'Année Mariale conduit, convoque, contraint à la construction d'asiles de nuit et de logements. Elle bouscule sans phrases. Cette silhouette immaculée est plus exigeante que tous les dictateurs réunis, car il s'agit d'une exigence intérieure. Un chapelet est un engrenage mieux taillé que l'engrenage de votre chronomètre. Ses grains engrènent, entraînent peu à peu dans le sillage de cette femme extraordinaire qui attire, par millions, les humains à son rendez-vous de Lourdes et dont la médaille de quatre sous devient exigeante pour celui qui la porte.

‑ Somme toute, ce sont les curés qui, en chaire, vont expliquer cela.

‑ Ils l'expliqueront aux fidèles, c'est‑à‑dire aux enfants et à 10% de la population. Mais les autres, c'est‑à‑dire 90% des adultes, ne comprendront rien. Voilà la vérité toute crue. Mais les autres ne devineront que s'ils voient de leurs yeux une charité plus grande. Faites deux cents kilomètres de moins pour votre pèlerinage, et avec cela aménagez un taudis[1]. Gênez‑vous. Un peu moins de tabac, un peu moins de radio, et avec ce temps gagné rendez un peu plus service. Il n'y a pas un humain sur cent pour savoir que l'Année Mariale est commencée. Votre charité en sera le signe et le signal. Votre charité est le seul langage possible pour atteindre la foule. L'Année Mariale est véritablement entre vos mains.

Voilà en quoi ceci vous concerne...                                                            

                                                                      Mgr Jean RODHAIN,

                                                         Secrétaire national de l'Année Mariale.

 

 

 

 

 

[1] En particulier à PARIS où tant que les chrétiens n'auront pas construit leur Asile de Nuit, ils n'auront pas le cœur tranquille pour chanter l'Année Mariale.