Vous êtes ici

La fillette aux vieux os

13 juillet 2017
Print

Jean RODHAIN, "La fillette aux vieux os", Messages du Secours Catholique, n°70 bis, août 1957, p.1.

La fillette aux vieux os

Elle ramassait les vieux os. Elle ne savait ni lire ni écrire. Elle n’avait même pas fait sa première communion. Elle ignorait le catéchisme, car sa famille trop pauvre, en avait besoin pour chercher le bois en forêt et pour garder les trois autres à la maison. Maison, c’est une façon de parler car, après cent misères, dont la moindre ne fut pas un injuste séjour du père en prison, leur logis n’était justement qu’un cachot désaffecté tant il était insalubre : les quatre enfants habitaient ce cachot avec la mère et le père. Ce père, afin de laisser aux siens un peu de pain, demeurait parfois au lit pendant les heures du jour pour supporter en silence la faim canine qui le tenaillait. Jean-Marie, le plus jeune des enfants, fut un jour surpris à l’église grattant les bavures de cire des cierges pour apaiser sa faim .
C’est de ce « bouge infect et sombre » que cette gamine sortit un matin pour aller vers la forêt chercher du bois, et quelques os, pour les revendre à Alexine Baron, la chiffonnière du pays.
Elle revint au cachot avant midi les mains vides, mais avec une richesse à faire accourir le monde entier. J’oubliais, en effet, de vous préciser que cette fille sans première communion s’appelait (sainte) Bernadette Soubirous. Et le monde entier accourt depuis cent ans vers la grotte et visite inlassablement le cachot « infect et sombre » où l’enfant rentra sagement après chacune des dix-huit conversations face à face avec Marie, Mère de Dieu.

Ainsi, pour déclencher un tel torrent de ferveur et de curiosité, pour révéler un tel Message, la Mère de Dieu a choisi l’enfant LA PLUS MISERABLEMENT PAUVRE de cette pauvre bourgade ? Comment est-il possible d’arriver à Lourdes sans être saisi et bouleversé par ce geste du Ciel mettant le doigt sur la misère personnifiée : cette fillette ramassait les vieux os.
Oubliez tout le reste du décor.
Dans six mois, le 11 février 1958, du monde entier, des millions de pèlerins déferleront ici, à Lourdes.
Ceux qui s’apparentent à Bernadette par la pauvreté doivent être au premier rang.
Pour ceux-là la Cité-Secours se bâtit.
Bernadette, la pauvre, la plus pauvre enfant de Lourdes, s’avance parmi vous, et la voici qui va bénir tous ceux qui contribueront à bâtir cette cité des Pauvres.
VENEZ VOIR NOS BERGERIES DEJA REMPLIES.
VENEZ VISITER NOS CHANTIERS.
AIDEZ-NOUS !
MERCI

Mgr Jean RODHAIN
Secrétaire général de la Cité-Secours Saint-Pierre