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Le Christ, c'est le pain partagé

21 août 2017
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Jean RODHAIN,  « Le Christ, c'est le pain partagé », Brochure de la Journée Nationale 1959, p. 3. [1]

Le Christ, c’est le pain partagé

1. L’hostie n’évoque que la charité

Regardons l'ostensoir. Ni la puissance, ni la gloire, ni la justice de Dieu ne paraissent.

a) Ailleurs, sa puissance éclate partout.

Un coucher de soleil sur l'océan, un panorama des glaciers, l'infini des étoiles, le mystère d'un atome, toute la nature chante la puissance du Créateur. Ici, au contraire, rien. Cette hostie est inerte. On la déplace d'une main. Elle est silencieuse. Ici la puissance de Dieu s'efface.

b) Ailleurs, sa gloire scintille partout

Cette fleur minuscule est une merveille et sa graine va redonner cent fleurs dans les années à venir. Ce puceron est une splendeur de mécanique vivante. Et même l'infiniment petit déconcerte le fidèle à genoux admirant le travail signé du Créateur.

Ici, au contraire, rien. Dans quelques jours, de cette hostie il ne restera rien de présentable. Elle aura été absorbée jusqu'à l'anéantissement. Ici la gloire de Dieu se voile.

c) Ailleurs, sa justice se devine partout.

Bien mal acquis ne profite jamais. A la longue ce méchant est frappé par cette Justice immanente qui est la marque du Dieu justicier. La vie des hommes et des nations, au recul de l'Histoire, apparaît finalement pesée dans la juste balance d'un Dieu qui ne se laisse point bafouer. Mané, Thécel, Pharès...

Ici, au contraire, rien.

Sur le même rang, à la même table de communion, Jeanne d'Arc et le sacrilège recevront la même hostie sans aucun geste apparent du juste Juge. Le profanateur de l'Arche était frappé. Ici la justice de Dieu se dissimule.

d) Il ne frappe pas, il n'agit pas, il ne parle pas, il ne resplendit pas, alors pour qui et pourquoi le Seigneur Dieu reste-t-il dans ce pain ? Dans ces tabernacles ? Dans ces églises ?

Une explication, et une seule : sa Charité. Tibi se cor meum subjicit, te contemplans totum deficit.

2. L’Église primitive l’avait bien compris

- Les agapes eucharistiques étaient un partage entre frères.

- Les chrétiens n'y venaient pas les mains vides. Ils apportaient le pain et le vin pour le sacrifice. Mais ils apportaient aussi les fruits, le miel, les gâteaux qui étaient ensuite, après avoir été bénis à l'Offertoire, distribués en même temps que le pain qui restait. Ils étaient distribués aux vieillards, aux malades, aux pauvres. Le Christ, c'est le pain partagé.

3. Actualité de cet aspect « caritatif » de l’Eucharistie

Toute la liturgie est par excellence une pédagogie.

Dans notre monde technique, l'homme a besoin de redevenir humain.

Dans notre monde socialisé, le citoyen qui voit de plus en plus l'État assumer fort justement des responsabilités sociales et secourables, risque de se décharger sur l'État de toutes les responsabilités d'assistance et de secours. Sous peine de voir la charité personnelle s'ankyloser et donc s'atrophier, le fidèle a besoin de revenir à l'action personnelle de charité. L'Eucharistie sera la meilleure des pédagogies pour l'y conduire.

Dans ce monde contaminé de marxisme, où tout est calculé en vue du rendement et de l'utilité, le fidèle a besoin de réapprendre la valeur rédemptrice, la valeur ascétique, du geste personnel de charité.

Dans ce monde international si divisé, l'Eucharistie est le seul signe commun compréhensible « sans limite » partout. Sans limite de langue, sans limite de frontière, sans limite de psychologie, sans limite d'âge, sans limite de race.

Nous sommes au milieu de misères à l'échelle mondiale.

Conclusion

De l'Orient à l'Occident des peuples entiers ont faim et très matériellement faim tous les jours. En de multiples points du monde, des enfants crient misère. Dans chacun de nos quartiers, une situation sociale contraire à l'Évangile donne aux travailleurs des conditions de vie qui vous feraient rougir d'y avancer l'Évangile en mains !

Le Christ ne peut être célébré, glorifié, adoré dans l'Eucharistie que par des chrétiens véritablement donnés à ces misères considérées avec un regard de « charité véritable ».

J. R.

 

[1] Dans la brochure, ce texte constitue une première partie d'un ensemble intitulé "Charité et Eucharistie". Originellement, ce texte constitue une note préparatoire de Jean Rodhain pour le congrès eucharistique de Munich, datée du 2 septembre 1959. Ce texte a été publié dans TAFDM pp.152-154 sous le titre "Eucharistie et charité". (note de l’éditeur)