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Cantique de l’âge technique

03 janvier 2012
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Jean RODHAIN, « Cantique... de l'âge technique », Action catholique patronale, bulletin de liaison du MICIAC, directeurs et chefs d'entreprises, n° 27, mai 1961, p. 24.[1]

Cantique... de l'âge technique

« Béni sois-tu, Seigneur, pour cet âge nouveau où tu nous découvres les nouvelles merveilles de la création jusqu'ici insoupçonnées !

Aux trésors de l'eau et à ceux des fleurs et des agneaux, voici qu'un à un les secrets de l'atome et ceux de la stratosphère viennent se joindre pour chanter ensemble ta gloire en tous lieux

Béni sois-tu Seigneur pour mon frère l'atome, la plus humble des créatures puisqu'elle demeura cachée à tous les frères qui nous ont ici-bas précédés.          

Béni sois-tu Créateur pour cette monnaie si menue avec laquelle depuis toujours, en des merveilles d'assemblages infiniment petits, tu composes, molécule par molécule, aussi bien la goutte de rosée que la pierre du chemin, aussi bien, le matériau nouveau de la pétrochimie que le miel de la ruche embaumée.

Béni sois-tu Seigneur, pour ce monde atomique où tu permets dans un grain de poussière de découvrir mille soleils, et jusque dans la cendre même d’une seule goutte de pétrole d'entrevoir ta création renaître sans cesse en d'imperceptibles palpitations.

Béni sois-tu Seigneur au-delà de ma sœur Lune pour nos sœurs les nouvelles étoiles, présentes depuis toujours, mais pour nous depuis hier dans la stratosphère seulement devinées et à peine dénombrées.

Béni sois-tu pour cette voûte bleue qui n’est plus désormais une voûte fermée, mais la vaste porte vers tes jardins insoupçonnés. Pour ces multiples mondes dont l'éclat me parvient enfin et m'apporte ton message direct, je te bénis comme les rois mages te bénissaient pour leur unique étoile.

Béni sois-tu enfin, Seigneur, de te laisser deviner présent dans le grain d’acier aussi bien que dans le grain de blé où le lys des champs, dans le jeu des molécules aussi bien que dans le soleil transfigurant du Thabor ou les rochers fracassés du Vendredi saint.

Béni sois-tu Seigneur de nous avoir appris par la voix de ton apôtre Paul que ces merveilles ne sont encore que des miroirs et des énigmes préparatoires au divin dévoilé. Mais plus ces énigmes et ces miroirs se multiplient, plus nous devinons, en t'adorant déjà, la splendeur de l'éternel face à face auquel tu daignes, nous, pauvres pécheurs, finalement nous convier. Amen. »

Mgr Jean RODHAIN.

 

[1] Réédité sous le titre  "Béni sois tu Seigneur, pour cet âge nouveau…", Les échos de St-Maurice, Bulletin de l'Abbaye de St-Maurice (Suisse), mai-juin 1961, pp.134-135. Hormis les deux premières phrases, le texte est contenu dans : "Billet à Gagarine", La Croix, 21 avril 1961. Réédité également de façon partielle sous le titre "Cantique du croyant du 20ème siècle", 1965, revue non-identifiée.