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Sidoine répond aux questions des lecteurs

24 décembre 2013
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Jean RODHAIN, "Sidoine répond aux questions des lecteurs de Messages", MSC, n° 112, octobre 1961, p. 2.

Sidoine répond aux questions des lecteurs de « Messages »

Q. - Le communiqué paru dans « Messages- » au sujet du secret de la Confession ne m’a pas convaincu. Est-il normal qu’en raison du secret de la Confession, un innocent soit condamné, alors que le prêtre connaît le nom du coupable ?

R. - Votre question est mal posée. C’est comme si vous écriviez : « Est-il normal de maintenir la tour Eiffel puisqu’en raison de la hauteur, plusieurs suicides se sont déjà produits. »

Or le coupable, ce n’est pas la tour, mais celui qui profite de la tour pour se jeter en bas.

Un innocent est condamné en raison de la lâcheté du véritable meurtrier ou de celle d’un témoin qui se tait. Mais ne me dîtes pas « en raison du secret de la Confession ».

Le responsable, c’est le vrai meurtrier. Il a essayé d’avoir le pardon en se confessant. Le prêtre lui a promis le pardon s’il se dénonçait pour sauver l’innocent. La Confession a cet avantage énorme de défendre l’innocent, de contraindre le coupable à l’aveu.

Si celui-ci refuse, il est coupable. Il est deux fois coupable, en raison de son crime d’abord, de son silence ensuite. Pas le prêtre. Ne faisons pas glisser la faute de l’un sur l’autre.

Q. - Mais, pour le prêtre, n’est-ce pas un poids terrible à porter si, dans son existence, il lui arrive une fois de se trouver dans ce cas ?

R. - Une fois ? Pourquoi une seule fois ? Un prêtre au confessionnal est nécessairement le confident de fautes dont la révélation serait désastreuse pour une réputation, pour un ménage, pour une cité, pour une profession. Les Gribouilles qui veulent l’envoyer à l’usine pour connaître la vie n’ont jamais fait huit heures de confessionnal par jour. Le sacrement de Pénitence est un lieu de confidence, une source d’expérience. Mais ceci se fait par le dedans. L’histoire des âmes ne s’apprend pas sur le trottoir ni au cinéma.

En ce temps d’exhibitions où le journal comme la radio essaient de déballer en public les vies privées, voici enfin un lieu, le seul lieu actuel où l’enfant, comme le père de famille, l’épouse comme le ministre, peuvent exposer leurs fautes secrètes, et leurs doutes, et leurs cas de conscience. C’est le dernier refuge en ce monde du bruit et du tout dévoilé à n’importe quel prix. Même sans croire au pardon accordé par le Seigneur, ce secret totalement observé est déjà un service immense rendu à la société.