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Rome, le 19 Octobre 1962

24 août 2017
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Jean RODHAIN, « Note sur le mémoire U.N.D.A. », 19 octobre 1962. Note diffusée au sein de la commission X préparatoire au Concile Vatican II. 3 CO 453/1037.

Rome, le 19 Octobre 1962

 

Note sur le mémoire U.N.D.A.[1]

I – Sur le problème.-

Le problème existe. Il est important pour l’Église. Cette question revient avec une grande fréquence dans les 14 volumes des réponses des Evêques avant le Concile.

Le problème n'est pas résolu. Sur le plan de l'Église, à part quelques textes pontificaux, on peut dire que rien n’a été fait par l'autorité dans ce sens. Il y a des initiatives locales. Il y a de petites choses. Mais rien à la mesure de l’Église et rien aux dimensions du problème. Tout reste à faire...

II - Sur les caractéristiques du problème.-

Autant il faut reconnaître son importance, autant il semblerait puéril de déclarer que c’est "le grand problème-clé".

Non. L'Église se trouve, non pas en face de techniques, mais de structures nouvelles.

- Les syndicats professionnels.

- Les organisations internationales : O.N.U., F.A.O., etc.

- Les trusts.

- les puissances de la radio, du cinéma.

En face de chacune de ces structures - qui n’existaient pas en 1869 au précédent Concile Vatican I - l'Église doit préparer une méthode et former des personnes.

Ce n’est pas spécial au problème U.N.D.A.

L'Église retrouve exactement le même problème lorsqu'il est question de

- sa présence à l'O.N.U.

- sa présence dans les syndicats locaux et internationaux.

- etc, etc.

III - Sur la forme du mémoire U.N.D.A.-

Il contient des outrances qui nuisent à l'excellence de la cause.

Exemple :

"Si les Pères du Concile n'y veillent pas, ils risquent de préparer une nouvelle lutte du Sacerdoce et de l’Empire, plus grave que la première".

Employer de pareilles comparaisons pour effrayer les Pères du Concile, c'est exagérer. On citerait facilement dix autres passages ou une idée juste est desservie par des termes démesurés.

IV - Sur le fond du mémoire U.N.D.A.-

Il y a sans cesse confusion entre technique et structure, entre techniciens et institutions.

- Autre chose est de se plonger dans la technique et la fabrication immédiate de techniciens.

   - Autre chose est le travail à long terme formant des laïcs à l'apostolat, mais ayant aussi une spécialisation.

Il s'agit ici d'un problème d'apostolat, donc de formation d'hommes.

Ceci est souvent oublié, et j'ose citer deux exemples :

Primo.- En 1920-1935 le clergé français a été saisi d'une frénésie semblable au sujet du cinéma. Il a dépensé des milliards à bâtir des salles. Il a détraqué des milliers de vicaires à faire le cinéaste.

Résultat en 1962 :

- 40 % des salles ont été revendues.

- 40 % des salles passent toutes les horreurs.

- 20 % des salles sont fermées.

Le résultat des "techniciens" est nul. Seule reste l'action des associations d'usagers. Elles ont une réelle influence grâce à des "personnalités" formées.

Secundo-.- Il y a actuellement un succès évident en télévision : C'est "qui vous savez". II est écouté. Il gouverne le pays en prise directe par la télévision. On peut être pour ou contre, mais, en fait, c'est ainsi. Or ce n'est pas dû à la technique, mais à l'homme qui sait s'en servir, et qui possède la puissance pour avoir droit à l'écran.

Former des petits employés de radio, préparer des techniciens subalternes, c'est bien. Mais ce n'est pas résoudre le problème si on laisse les puissances posséder les émetteurs et les écrans.

Il faut toujours revenir à l'essentiel : Former des apôtres d'abord, ils sauront ensuite rayonner sur les techniques.

Conclusion.-

Saint Paul, ce modèle de l’apostolat, n'a pas ouvert une usine de papyrus ni spécialisé les Corinthiens dans la calligraphie des tablettes sous prétexte que c'était les techniques visuelles de l'époque.

Il n'a pas formé des techniciens, mais des communautés, et des personnalités.

A la découverte de Gutenberg, l'Église n'a pas créé des ordres imprimeurs. Mais dans ses ordres religieux elle a conseillé de se servir de ce mode de diffusion.

Que tous les ordres actuels, que tous les missionnaires, que tous les apôtres 1963 apprennent aussi à parler correctement au micro, à savoir utiliser un magnétophone, c'est indispensable.

Mais créer un ordre au service d'une technique, c’est confondre les genres.

Addenda.-

On joint au mémoire une revue dont l'article intitulé lourdement "Vers la fondation d'un nouvel ordre religieux" présente comme argument la longue lettre d’un religieux malgache : pages 2 et 3. Or c’est une accumulation de jugements faux. Il confond son apostolat avec "les problèmes technico-spirituels", et il le dit. Et il avoue que malgré ses voeux, il se trouverait très bien dans un autre ordre "spécialisé dans la radio" où "tout le monde aurait le même idéal : faire connaître le Christ par les techniques modernes audio-visuelles".

Alors si dans 10 ans un inventeur découvre une supertechnique nouvelle, il faudra changer d'ordre à chaque invention ?

Quant aux pages 14 et 15, consacrées dans cette revue à la "Vie spirituelle" de cet ordre, on comprend que cet imprimé ne soit pas revêtu d'imprimatur. Tout maître des novices hurlera devant ce salmigondis.

Une vie donnée au Christ est déjà dure à supporter. Que sera-ce de cette vie consacrée aux transistors ? L'Eucharistie n'est pas nommée. Le mot "messe" figure une fois. Quelle force, quelle consolation ces pseudo-religieux trouveront-ils auprès de leur magnétophone ?

Les nomades du désert vénéraient le Père de Foucault adorant - sans technique - le Saint Sacrement. Comment vont-ils accueillir ces pseudo-religieux spécialistes du transistor que l’on trouvera dans tous les bazars d'Afrique avant 5 ans.

Voilà un problème posé opportunément par U.N.D.A.

On aurait aimé qu’il ne lui soit pas proposé une solution truffée de vues simplistes et souvent superficielles.

Mgr Jean RODHAIN

 

[1] Jean Rodhain réagit à un mémoire proposant la création d'un institut de missionnaires du cinéma et de la télévision. On ignore la signification du sigle U.N.D.A. (Note de l'éditeur)