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Le carnet de Sidoine

24 août 2017
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Jean RODHAIN, « Le carnet de Sidoine », Messages du Secours Catholique, n° 127, février 1963, p. 13.

Le carnet de Sidoine

Sidoine répond à trois lecteurs

1 - Je n'aime pas l'expression « Église des Pauvres ». Le mot est blessant. De nos jours on parle plutôt d'économiquement faibles. Pauvres est une expression paternaliste bien périmée.

Réponse - Alors, changeons l’Évangile. Proclamons que le Seigneur n'est pas né dans une crèche, mais dans un « local économiquement sous-développé ». Supprimons de la Passion le partage des vêtements et la nudité sur la Croix : parlons pudiquement de « carence vestimentaire ». Camouflons Isaïe et les prophètes. Saupoudrons de sucre l'Ancien Testament.

Non, Madame, n'ayons pas peur des mots. Ayons peur des réalités : « Il y aura toujours des pauvres parmi vous. » C'est dans l'Évangile. C'est un fait.

        

2 - Si l'Église devient l'Église des Pauvres j'espère bien qu'on commencera par changer le Vatican depuis les gardes suisses jusqu'aux luxueuses trompettes d'argent qui ne conviennent pas au successeur de Pierre.

Réponse - Tous les luthiers diront que les trompettes d'argent n'existent pas. Un instrument qui serait en argent ne donnerait aucun son. Les fameuses trompettes sont en vulgaire étain avec 3% d'argent pour donner un son argentin. Et les quatre trompettes réunies coûtent moins cher que votre petit poste de télévision.

Quant au service d'ordre chargé de canaliser 40.000 personnes dans Saint-Pierre si vous l'habillez en contrôleurs du métro, ceci serait grotesque. Dans ce décor de Michel-Ange, ces costumes d'une autre époque détonneraient exactement comme si vous alliez dans le métro avec un chapeau de 1900. La pauvreté de l'Église n'est pas une question de drap noir ou anthracite.

 

3 - Comment osez-vous parler de pauvreté au moment où le Secours Catholique s'installe dans un somptueux siège social ?

Réponse - Il s'installe sans vouloir devenir « installé ». L'inquiétude, le souci du pauvre devra nous garder de toute satisfaction.

Quant à la somptuosité, voyez page 3 la chapelle : brique nue et tabourets de ferme. C'est la simplicité.

Hier, rue du Cherche-Midi, nos employées travaillaient dans des greniers ou des sous-sols : enfin rue du Bac elles auront le cubage d'air normal. Etes-vous contre ?

Venez, vérifiez. A partir du 15 mars le siège social sera ouvert à tous les lecteurs de « Messages ». Visites organisées tous les jours. Vous verrez, vous contrôlerez la simplicité de cet outillage ou service des pauvres.