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Occasion merveilleuse

25 août 2017
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Jean RODHAIN, « Occasion merveilleuse », Messages du Secours Catholique, n° 143, juillet-août 1964, p. 6-7.

Occasion merveilleuse

Voici, en cette page, quelques réalisations de l'Opération Vacances, si bien alimentée par les lecteurs de « Messages ».

Ce bilan est incomplet, car il y a heureusement d'autres initiatives, d'autres œuvres, d'autres réalisations.

Un bilan d'ensemble serait un bel hommage aux générosités de partout.

Mais cet encens dissipé, il faut tout de même essuyer ses lunettes. Et il n'est pas besoin de regarder loin : dans ma propre cour du 106 rue du Bac, ce matin même, deux ouvriers du chantier qui terminent nos travaux, sont « partis en congés payés ». Je les ai interrogés. Le premier ne pourra quitter sa femme infirme depuis dix-sept ans : son congé payé se passera dans la petite chambre d'hôtel où ils sont confinés sans espoir de logement. Le second est tout souriant de son enfant nouveau-né, mais pas de logement non plus, donc pas de départ vers nulle part.

Il y aura dans tous les hebdomadaires illustrés des photos coloriées prouvant que 48 millions de Français nagent dans l'euphorie des bains de mer et de soleil. Mais la misère, en fait, bloque un pourcentage anormal de Français dont on ne parle pas : toujours les mêmes, les humbles et ceux qui travaillent le plus.

Chaque semaine, les grands sorciers de l'opinion dirigée fascinent le public avec, soit la femme enlevée, soit l'étrangleur retrouvé. Et le public se laisse endormir. C'est l'euphorie poussée jusqu'à l'anesthésie...

Mais la misère demeure.

Et les palliatifs sont sans gloire.

Comme un grand-père distribue parfois un dessert aux enfants pour qu'ils ne se doutent pas des provisions qu manquent. Comme un commerçant organise parfois une vente spectaculaire pour que ses créanciers ne l'interrogent pas sur son compte en banque, ainsi les œuvres privées se soignent pour que les enfants aient un mois de soleil et les grand-mères quelques journées sans soucis.

Mais nous crions aux responsables des institutions : la première cause de ces misères, c'est le logement. Et le premier remède sera le logement.

Le reste, nous le faisons, Nous le ferons sans nous lasser. Mais il n'y a pas de quoi se glorifier de remédier aux conséquences, si l'on ne remédie pas aux causes.

Voilà pourquoi le Secours Catholique est d'abord une pédagogie.

Voilà pourquoi, vous qui partez en vacances, vous regarderez derrière le décor. Combien d'infirmes, dans ce village touristique ? Qui s'occupe des vieillards dans cette ville d'eau si coquette ? Comment vivent exactement les serveuses de l'hôtel ?

Vacances : merveilleuse occasion d'observer et de découvrir...

J.R.