Vous êtes ici

Une grâce d’actualité

28 août 2017
Print

Jean RODHAIN, « Une grâce d'actualité », Brochure de la Journée Nationale 1965, p. 10-11.

Une grâce d’actualité

La découverte de Nouveaux Mondes a provoqué autrefois dans l’Église un élan missionnaire vers les Indes et vers les Amériques.

La découverte aujourd'hui des Mondes de la Faim provoquera dans l’Église un élan auquel il faudra finalement trouver un nom.

Cherchons ce nom.

Ces Mondes de la Faim sont immenses. Les experts nous font découvrir que les sombres zones sous-alimentées colorent en noir la plus grande partie du globe. Les statisticiens nous totalisent par centaines de millions les hommes sans pain. Les sociologues nous exposent les étapes indispensables pour former sur place de simples laboureurs, des agronomes et surtout des éducateurs.

Tout ce travail de civilisation relève de la F.A.O. Il ne viendra pas à l'idée de l’Église de se substituer aux techniciens de la F.A.O.

« Nous avons besoin de riz, mais nous avons encore plus besoin d'être estimés. » Les peuples de la faim n'attendent pas seulement des dollars, des tracteurs et des experts. Ils attendent autre chose ! Autre chose…

Il y a cent ans des milliers de missionnaires sont partis au service des peuples éloignés et à peu près inconnus.

Aujourd'hui où chaque paroisse française a découvert sur ses écrans de télévision la famine des Indes comme la misère des antipodes, ce n'est plus une poignée, ce sont des légions entières de chrétiens qui vont s'éveiller. Les uns donneront la dîme de leur gain. Quelques-uns quitteront tout, pour se donner eux-mêmes dans une steppe africaine au service d'une école de formation rurale.

Cela n'aura pas le même caractère que l'ébranlement des Croisades.

Cela n'aura pas le même aspect que l'élan missionnaire du XIXe siècle. Mais cela sera un mouvement. Sinon ce serait pour l'Église un échec retentissant que de rester immobile alors que le monde entier frémit devant ce problème de la faim étalé en plein jour dans les dimensions mêmes de l'humanité entière.

Si le Seigneur Dieu, seul Maître de l'Église et seule source de Charité, veut que l'heure soit arrivée d'une Église davantage tournée vers les peuples pauvres, ce même Seigneur suscitera d'abord chez les chrétiens un mouvement nouveau de Charité : ce mouvement porte un nom : « Charisme ».

Ce terme de « Charisme » n'a pas bonne presse aujourd'hui. On va objecter qu'il y a danger de voir surgir des énergumènes illuminés se prétendant doués d'un Charisme. C'est en effet dangereux. Mais l'atome est dangereux, aussi. La vapeur est dangereuse. L'électricité à 220 volts est dangereuse, aussi. L’avion à réaction, aussi. Toute force est dangereuse, dès qu'on l'emploie. Or le charisme est certainement une force...

On m'objectera que les charismes sont taris depuis le 2ème siècle ou le 3ème siècle, suivant les historiens.

On me citera les personnages des Actes des Apôtres doués de grâces extraordinaires de prédication, d'interprétation, de prophéties et ces diacres possédant des dons de guérison. On me dira que ces personnages typiques ont disparu et que toutes ces méthodes adaptées à un monde déchristianisé sont périmées.

Je n'oserai pas exprimer d'opinion personnelle sur ce soi-disant essoufflement de l'Esprit Saint, incapable de souffler suivant que les siècles sont pairs ou impairs. Stationnement interdit. Zone bleue pour le Saint-Esprit dans le XX° siècle.

Mais je demande la permission d'écouter la voix récente et unanime des 2.200 Evêques réunis au Concile.

Dans le Décret sur l'Église, dans le chapitre adressé au Peuple de Dieu, l'Église enseignante explique la permanence des charismes dans l'Église d'aujourd'hui.

Je lis :

« L'Esprit-Saint ne se borne pas à sanctifier le Peuple de Dieu par les sacrements et les ministères, à le conduire et à lui donner l'ornement des vertus ; il distribue aussi parmi les fidèles de tous ordres, « répartissant ses dons à son gré en chacun » [1] , les grâces spéciales qui rendent aptes et disponibles pour assumer les diverses charges et offices utiles au renouvellement et au développement de l'Église, suivant ce qu'il est dit : « C'est toujours pour le bien commun que le don de l'Esprit se manifeste dans un homme »[2]. Ces grâces des plus éclatantes aux plus simples et aux plus largement diffusées doivent être reçues avec action de grâces et apporter la consolation étant avant tout ajustées aux nécessités de l'Église et destinées à y répondre ».

Ce texte voté par les Evêques du monde entier au Concile, a été promulgué par le Pape. Ce texte porte un titre : « Les Charismes dans le Peuple Chrétien »[3].

« Renouvellement », « développement » et « nécessité de l'Église » proclame ce Schéma, sont conditionnés par des grâces spéciales.

Donc à la différence du païen qui de tout son cœur travaillera pour l'agriculture d'un pays sous-développé, un chrétien travaillera également, mais avec la Foi en ces grâces spéciales de charité annoncées par l'Église.

Un chrétien priera pour obtenir du Seigneur cette vertu de Charité.

Un chrétien étudiera les enseignements du Concile sur les charismes dans l'Église et sur l'Église présente au monde d'aujourd'hui.

L'Église est un Mystère. La Charité aussi.

Le Seigneur a multiplié matériellement les pains : il a nourri réellement cette foule qui avait faim. Il distribué des pains. Il a partagé le pain. Mais en même temps, Il a placé un certain levain. Son pain partagé a conduit au cœur partagé.

Jean RODHAIN

 

[1] Cor. XII - 2

[2] 1 Cor. XII - 7

[3] Schéma sur l'Église "Lumen Gentium", Ch.2-Le Peuple de Dieu §12 : Les Charismes dans le Peuple chrétien. Ed. Centurion pp.46-47- Trad. de S. Exc. Mgr Garrone.