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Après les textes, les signes

30 août 2017
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Jean RODHAIN, « Après les textes, les signes », in Albert LANQUETIN, L'action charitable au Concile, Paris, SOS, 1967, p. 119-120.

Après les textes, les signes

C'est la clôture du Concile. En ce 8 décembre 1965, un soleil inattendu réchauffe 300.000 fidèles assemblés, contemplant ce spectacle historique encadré par la façade de Saint-Pierre. Tous les cardinaux et les 2.300 évêques sont présents. Les observateurs des Églises de Moscou et de Genève sont au premier rang de la tribune officielle. Plus de 80 nations ont envoyé des missions extraordinaires pour les représenter.

« La Messe se déroule suivant son rite traditionnel » annonce le speaker de la radio. Il rectifie aussitôt : « La Messe se déroule suivant un rite nouveau qui est un retour au rite de la primitive Église ». Et les assistants qui viennent d'entendre le chant de l'Évangile découvrent en effet, dans le missel spécial qui leur a été distribué pour cette cérémonie, une rubrique imprévue :

« Après l'oraison des fidèles en latin et en grec, le Saint-Père, qui rappelait aux Nations-Unies le 4 octobre dernier le grave devoir de la grande famille humaine de venir au secours des moins favorisés de ses membres, remet un chèque à cinq évêques de Palestine, Argentine, Inde du Sud, Pakistan et Cambodge. Cette aide apportée au moment même de l'offertoire de la messe veut être le symbole de la charité de l'Église tout entière unie autour du Pape ».

Et, en effet, à cet instant, le Doyen du Sacré Collège, le cardinal Tisserant, entouré des cardinaux Spellman et Heenan, s'avance et lit une déclaration précisant le sens de la cérémonie qui va se dérouler :

Au cardinal Gracias, le Pape remet un don pour une expérience de pédagogie agricole aux Indes.

Au cardinal Capello, pour une œuvre caritative de développement en Argentine.

Au patriarche Gori, pour l'hôpital de la Caritas à Bethléem.

Aux évêques du Pakistan et du Cambodge pour la fondation de Caritas nationales en ces deux pays.

Il ne s'agit pas d'un discours prononcé après la messe : c'est dans la liturgie même de la messe célébrée par le Pape que ceci s'est réalisé en présence des évêques du monde entier : il n'y a pas besoin de chercher des arguments ailleurs pour savoir s'il est permis dans les messes paroissiales d'insérer à l'Offertoire un don symbolique pour les plus pauvres, en signe de lien entre le pain partagé et le pain consacré.

Les cinq dons sont consacrés, dans des régions pauvres, à des fondations charitables d'assistance et de développement. Et les deux derniers à l'implantation d'organisations nationales de charité dans deux pays qui n'en étaient pas encore pourvus.

Vous me direz que le total de ces cinq dons n'est qu'une goutte d'eau par rapport à des besoins gigantesques. C'est exact. Mais cette goutte d'eau est un signe.

La multiplication des pains était un signe. Si Notre-Seigneur avait voulu résoudre pour toujours la faim de ses disciples, il aurait créé une boulangerie coopérative.

Il n'a pas voulu résoudre. Il a voulu signifier. Enseigner par un signe.

La résurrection de Lazare était un signe. Et après, quelques années après, Lazare, nous l'oublions toujours, est décédé, cette fois pour de bon.

Mais devant Lazare sortant du tombeau, les assistants ont très bien compris ‑ et nous aussi ‑ que le Seigneur était le Maître de la vie et de la mort.

Le Seigneur a voulu signifier : enseigner non par une brochure, mais par un signe.

Saint Martin partageant son manteau n'a pas habillé l'Europe ni créé des magasins gratuits d'habillement. Mais son geste a incité des millions de chrétiens à partager. Un signe est plus éloquent qu'un texte.

« Nous voulons donner à nos institutions caritatives un nouveau développement ». Après avoir déclaré cela devant les Nations-Unies, voici que le Pape interrompt la messe la plus solennelle du Concile pour signifier au monde entier sa prédilection pour cinq pays du Tiers Monde.

Une prédilection agissante.

Voyez-vous un autre sens à ce signe ?

Et permettez-vous qu'au dossier de ce Concile, j'ajoute en « pièces jointes » ces signes ?

                                   Mgr Jean RODHAIN. Président de Caritas Internationale