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Le carnet de Sidoine

30 août 2017
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Jean RODHAIN, « Le carnet de Sidoine », Messages du Secours Catholique, n° 170, janvier 1967, p. 2.

Le carnet de Sidoine

Question 1

Je n'ai pas visité les crèches d'Orly, mais il me semble que la présence du S.O.S. à Orly est un signe de « triomphalisme ». Avez-vous songé à cette objection ?

Réponse :

On ne songe pas à tout. On devrait, d'ailleurs y songer car aujourd'hui certains catholiques se croient à la mode en collant partout l'étiquette « triomphalisme ». Ils retardent. Celui qui a commencé à l'employer, lorsque Madeleine répandit un parfum aux pieds du Seigneur, était un apôtre qui a « mal tourné ».

Mais pour Orly, allez-y voir. Regardez les milliers de gens qui défilent. C’est la foule. C'est une masse « populaire ». Placez-vous près de la crèche S.O.S. : l'Enfant-Jésus, avec la balance du Jugement dernier, le morceau de pain partagé, et la légende : « J'ai eu faim... » Et écoutez les réactions des gens.

Ils sont émus de cette sobriété. Ils sont bouleversés de cette pauvreté. Ils sont saisis de cette nudité.

C'est du pur Évangile.

C'est tout ce qu'on voudra, sauf du « triomphalisme ». Allez voir à Orly, et après pesez le poids de votre objection.

Question 2

La lecture des cas, en dernière page de « Messages », me choque profondément. Avez-vous songé qu'il vaudrait mieux transformer les structures afin de remonter aux causes de ces misères ?

Réponse :

Oui, madame, nous y avons songé. C'est même notre préoccupation dominante. Montrer la misère pour inquiéter les endormis. Expliquer les responsabilités pour susciter des responsables. Former des responsables pour améliorer les structures : c'est la méthode d'une charité d'aujourd'hui qui prépare la justice sociale de demain.

Mais pendant ce temps, pendant ce travail pour demain, il serait inquiétant de ne pas voir celui qui a besoin d'un médecin aujourd'hui.

J'ai peur de ces bureaux bien chauffés où l’on réfléchit profondément à l'avenir, tandis que l'on éconduit le malade grelottant de froid parce que le bureaucrate estime méprisable les détails d'un vestiaire. Quand une œuvre méprise le geste de saint Martin, elle rejoint sur la route de Jéricho la marche triomphante et superbe du prêtre et du Lévite, tandis que derrière elle, retardataire et retardé, un homme soigne son prochain : c'est Lui, le Bon Samaritain.

Question 3

Je m’étonne que « Messages » admette la collaboration de ce Monsieur Sidoine. D'abord une œuvre véritable ne devrait pas quitter un certain ton de gravité. Et ensuite, quand on plaisante, il y a toujours un risque de ne pas être compris, surtout par les gens sérieux dont je m'honore d'être (sic).

Réponse :

Sidoine remercie la rédaction de « Messages » de lui avoir communiqué ce document écrasant. Incapable de répondre, il a eu recours à son petit carnet personnel d'anthologie, et il répond par ces deux citations :

Primo : La gravité est le bonheur des imbéciles (Montesquieu).

Secundo : Pour qu'une plaisanterie humoristique ait son plein rendement, il convient d'être trois : celui qui la profère, celui qui la comprend, et celui à qui elle échappe. Le plaisir de celui qui la goûte étant décuplé par l'incompréhension de la tierce personne. (Sacha Guitry).

Question 4

Un journal a annoncé que vous aviez distribué 100.000 colis aux prisons. Est-ce exact ?

Réponse :

Il y a en France 27.000 prisonniers. Si cette information était exacte nous aurions donné à chaque prisonnier 3 colis de Noël, ce qui, est absurde. « Messages » a annoncé une distribution aux prisons, aux vieillards, aux malades, aux enfants. Le journal en question a reproduit la phrase en oubliant les trois derniers mots, voilà l'explication.