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Trois questions

30 août 2017
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Jean Rodhain, « Trois questions », Brochure de la Journée Nationale 1967, p. 18-19[1]

Trois questions

« Vendredi est mort » Comment appliquer le nouveau vendredi ?

La loi du « maigre » a été emportée en un clin d’œil, et il faudra vingt ans pour inculquer, à la place, l’esprit du nouveau vendredi. En attendant, dans le public, c’est le vide total.

Chaque vendredi, on peut désormais « manger gras ». Le cuisinier de l’hôtel en est ravi. Le marchand de poisson en est marri. Mais tous deux sont d’accord sur un point : « Vendredi est mort ».

On essaie de remonter le courant. On explique : le vendredi reste chaque semaine le jour de la Pénitence. Mais au lieu de faire pénitence en vous privant de beefsteak ou de jambon, vous devez faire pénitence autrement : c'est exactement le sens des décisions romaines[2].

Mais comment faire pénitence « autrement » ? Ici, il y a deux sortes d'écoles.

D’abord l'école des I.P.D., les intellectuels de la Psychiatrie Diffuse. Ils enseignent que le vendredi, il faut mettre de l’esprit de pénitence diffusé dans toute la journée, ce qui est très bien.

Mais comme les hommes (et les femmes) ayant le vendredi, comme les autres jours, trente-six occupations, n’ont absolument pas le temps de se faire des piqûres intraveineuses d’esprit pénitentiel ce jour-là plus que les autres jours : le résultat est nul. On songe à Gribouille supprimant l’ampoule électrique du plafond, et déclarant : ayez en vous l’esprit de lumière. Résultat : c’est la nuit.

La seconde école pense qu'on ne supprime que ce que l’on remplace. Les gens ont besoin de gestes concrets et précis. Si vous enlevez les bornes kilométriques et les plaques de rues en recommandant aux passants d’avoir l’esprit d’orientation, ils se perdront. Une usine où l’on supprimerait les horaires de travail et les programmes de fabrication, sous prétexte de perfectionner « l’esprit » de travail, ne produirait plus rien.

Si on veut diffuser une marque d'essence, l’a b c consiste à placer des pompistes au bord de la route. Si on veut diffuser l’esprit de pénitence le vendredi, il faut placer ce jour-là des occasions visibles, perceptibles, palpables, précises, à la portée de tous : hommes, femmes, enfants.

Vous me direz que je suis terre à terre ? Je vous répliquerai que pour le plus céleste des Mystères, la Rédemption, la Trinité a voulu une croix en bois et quatre clous en fer, et une lance, et une éponge, et du vinaigre. Et que ces signes concrets du Mystère rédempteur ont marqué le Vendredi saint et tous les vendredis de tous les calendriers. Alors je crois aux signes.

Il a suffi de trois lignes imprimées pour supprimer le « maigre ». Il faudra vingt ans de pédagogie pour apprendre le sens et la pratique du vendredi post-conciliaire.

Signalons deux Initiatives pour cette pédagogie :

L'intention du vendredi

Au début de l’année, une commission internationale, réunie à Genève, suggérait, pour faciliter aux fidèles la pratique du nouveau vendredi, de leur proposer chaque mois une intention précise ; le vendredi devenant l'occasion d'un geste personnel vis-à-vis d’une catégorie des plus pauvres ou bien d'une collaboration à une œuvre spécialisée dans cette catégorie.

La suggestion fut agréée par le Saint-Siège. Et une lettre de la Secrétairerie d’État a approuvé pour 1967, puis pour 1968, les listes proposées à l'instar des intentions mensuelles de l’Apostolat de la Prière.

Voici la liste des intentions de partage du vendredi :

Pour 1967

Novembre : Ceux qui ont froid.

Décembre : Les misères dans la paroisse.

Pour 1968

Janvier : Les lépreux.

Février : L’enfance malheureuse.

Mars : La faim dans le monde.

Avril : Les réfugiés et migrants.

Mai : Les handicapés.

Juin : Les cas sociaux.

Juillet : Les analphabètes.

Août : Les isolés.

Septembre : Les malades.

Octobre : Les personnes âgées.

Novembre : Les victimes des guerres.

Décembre : Les mal-logés.

Un tableau illustré de ces intentions du mois a été édité. Il est destiné aux portes des églises. Il comporte douze photos mensuelles. Il est expédié gracieusement à toute paroisse qui en fait la demande : S.0.S., 106., rue du Bac, Paris-7°.

Un matériel pédagogique

Une équipe a dessiné, sur des napperons en papier, les slogans de ce nouveau vendredi.

Elle a aussi composé des pochettes à serviettes, en papier. Elles sont à double déclenchement : Sur la couverture, on souhaite bon appétit pour tous les jours de la semaine. Mais il manque un jour à cette semaine. On ouvre et on trouve à l'intérieur le vendredi avec le mot « partageons ». Ça ne vous coupe pas tout à fait l’appétit. Mais c’est un signe, ou si vous préférez, un signal...

Ce matériel pédagogique, destiné aux écoles, catéchismes, etc. est, lui aussi, gratuit. Vous le trouverez dans toutes les Délégations du Secours Catholique. Ou bien écrivez à : S.O.S., 106, rue du Bac, Paris-7°.

 

[1] Ce texte reprend "Vendredi… pas mort", Messages du Secours Catholique, n° 173, avril 1967, p. 4. et une part de "Vendredi d'hier est mort. Que sera le vendredi de 1968 ?", MSC, n°179, novembre 1967, p.9.

[2] Constitution « Poenitemini » du 18-2-1966.