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Un grand silence

30 août 2017
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Jean RODHAIN, « Préface », in Charles KLEIN, L'aumônerie des barbelés, 1940-1947, Paris, SOS, 1967, p. 7‑8.[1]

Un grand silence

Aujourd'hui un agent secret, plus il est secret, plus il publie de souvenirs. Tant mieux, cela facilitera le travail des historiens de l'avenir.

Dans cette mise au grand jour des documents, il reste curieusement bien des secteurs encore silencieux. Pourquoi ne pas essayer de faire l'inventaire d'un de ces secteurs ?

On publie parfois une monographie d'un village ou d'une région. Or voici un curieux diocèse. Il a totalisé plus de deux millions d'hommes, avec 2.300 prêtres, dont 27 sont devenus évêques. Il a organisé le séminaire le plus nombreux du monde entier : 984 élèves. Et il a fonctionné pendant sept ans sans qu'aucune loi ecclésiastique ait prévu son fonctionnement…

C'est une même équipe très restreinte qui, depuis le premier Frontstalag français de juin 1940, jusqu’au dernier camp des séminaristes prisonniers allemands de Chartres, fermé en 1947, a pris ce risque et mené ce travail.

En tête de cette équipe, les Giraudet, les Porcaro, les Dillard qui, volontairement, ont choisi de servir comme aumôniers jusqu’au sacrifice total.

Sept années lourdes d'expériences :

- Expérience d'un culte plus dépouillé, d’une liturgie plus proche de l'homme dans la pauvreté des camps.

- Expérience de la présence sacerdotale en pleine pâte humaine, dans les camps et mieux encore dans les kommandos de travail.

- Expérience des 25 premiers prêtres ouvriers mêlés clandestinement dès 1942 à la masse des travailleurs forcés.

- Expérience d'une action catholique liée sans cesse à une action caritative.

- Expérience d'un secours qui commence par un colis et finalement suscite des structures internationales.

Ceux, prêtres et laïcs, qui ont vécu cette expérience chrétienne il y a près d'un quart de siècle, en gardent un souvenir éblouissant et une conviction inébranlable.

Souvenir d'un temps où la grâce ruisselait dans un monde de terreur et de souffrance.

Conviction que seul le christianisme peut porter remède aux maux des hommes et que la charité est le vrai levier de tout apostolat chrétien.

« Le Schéma XIII, «  Présence de l’Église au Monde » nous l'avons expérimenté et balbutié il y a 25 ans dans notre kommando de Poméranie », concluait le rapport de l'aumônier d’un kommando...

Voilà pourquoi le grand silence sur ce diocèse de la captivité doit prendre fin.

Nous avons rassemblé des documents. Ils sont incomplets. Nous demandons à tous ceux qui ont vécu cette histoire de nous documenter. Et en attendant cette publication de l’Histoire de l’Aumônerie des Prisonniers, Déportés, et des Prisonniers de l’Axe, nous vous présentons un abrégé de ce travail pour lequel nous attendons votre collaboration. Merci.

L'Aumônier Général des Prisonniers

Mgr Jean RODHAIN

 

[1] Réédité dans : Messages du Secours Catholique, n°178, octobre 1967, p. 18.