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La réconciliation de Noël

31 août 2017
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Méditation poétique sur Noël

« La réconciliation de Noël », Messages du Secours Catholique, n° 203, décembre 1969, p.3.

La réconciliation de Noël

Voici donc l’humble berger et le roi mage réunis

Entre celui-là avec son seul agnelet

Et celui-ci tout chargé de ses trésors

C’est la rencontre, c’est la réconciliation.

— 

Cet enfant dans sa crèche n’a pas dit un seul mot

Mais déjà ceux qui ont vu l’étoile

Et ceux qui n’ont jamais eu d’étoile

Se retrouvent près de lui : réconciliation.

— 

Entre Marthe turbulente et Marie contemplante

Entre Pierre impétueux et Jean le silencieux

Il sera la conciliation.

Entre l’Ancien Testament et le Nouveau

Entre la race de David et ceux de toutes races

Il est le point de rencontre.

Ainsi tout autour de cette crèche

Scintille une nouvelle étoile de fils convergents.

Avec, au centre, cet Enfant.

— 

Mais si au lieu de regarder alentour

Je contemple ce seul Enfant

Je n’y trouve en lui-même

Que réconciliation.

Entre le Fils de l’homme et le Fils de Dieu

Voici l’identification.

Entre la créature limitée et le Créateur illimité

Voici le point de jonction.

Entre le Péché et le Pardon,

Voici la Rédemption.

— 

Pour la première fois depuis Adam

Voici le Père par son Fils présent.

Pour la première fois depuis notre mère Eve

Voici l’Enfant sans la faute.

Pour la première fois depuis le Cantique des Cantiques

« Le roi m’a introduite en ses appartements » :

« Voici la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon votre parole »

Ce qui était inconciliable devient réconciliation

Et le Verbe s’est fait chair,

Et Il a habité parmi nous.

— 

L’âne, le bœuf, l’étoile, l’encens

Ne sont que signes d’un décor.

Or, cet Enfant qui est Dieu est bien autre chose qu’un signe :

C’est une présence.

Une ère nouvelle commence :

On dira « l’an de grâce 1970 après Jésus-Christ ».

C’est la présence du ciel avec la terre réconcilié.

Et comme cet Enfant est en Lui-même réconciliation,

Voici que pour nous, venant des cieux,

Les anges chantent dans nos campagnes

Ils chantent pour Lui sa gloire

Et pour nous sa Paix.

— 

En décembre, dans le métro, comme au coin du feu,

Il y a tellement d’hommes douloureux

Tant d’inquiets pour demain. Et pour après-demain

Il y en a tant d’écartelés entre ce bien qu’ils veulent

Et ce mal qui se fait,

Cherchant quelqu’un qui, enfin, les réconcilie

Avec la terre et le ciel...

Qu’ils viennent donc là, devant cet Enfant de Noël.

— 

Il faut bien un jour quitter ce fil du rasoir

Qui sépare le vide et la foi

Ici ils seront apaisés :

Non plus à cause de l’étoile sur la crèche

Mais à cause de cet Enfant, avec ou sans crèche.

Non pas pour le décor, mais pour la présence.

Dès l’instant où cet Enfant

Est vraiment Fils de Dieu

Je tombe à genoux,

Tout décor s’efface,

Et j’adore en silence.

Jean RODHAIN.