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Lettre en trois points

31 août 2017
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Jean RODHAIN, « Lettre en trois points », Brochure de la Journée Nationale 1969, p. 1-2.

Lettre en trois points

 

Primo :

Comment vous remercier ? Parce que vous ne savez pas le service que vous nous rendez ; je m’explique : de plus en plus vous nous amenez, vous nous conduisez, vous nous contraignez à tenir bon. Sans vous il y a longtemps ou bien qu’on serait assoupi ou bien qu’on serait dévoré de la fièvre contestante. Vous ne nous en laissez pas le temps. Vos lettres, vos chèques, vos interpellations nous ramènent sans cesse devant les « cas » ou au vif des catastrophes. L’habitude est prise : si la radio parle d’un drame, le soir même vous nous téléphonez pour vous étonner que S.O.S. ne soit pas encore intervenu. Si le problème du Tiers Monde se pose avec de nouvelles perspectives, vous nous interpellez aussitôt pour vérifier si nous les avons étudiées avec assez de soin. Vous ne savez pas comme votre regard continuellement attentif est un providentiel radar pour nos multiples équipes. Merci de ce premier service rendu..

Secundo :

Merci pour vos dons. Ils sont les multiples filets ruisselants qui se terminent en ce flux puissant, finalement.

Tertio :

Merci, enfin, pour votre tact. Vous n’êtes point de ces cerveaux simplistes qui nous considèrent comme une mécanique calculant et répartissant, avec des claviers, des cases et des clignotants, comme un bowling à l’échelle internationale.

Vous savez que la difficile Charité n’est pas une fusée Apollo avec une usine qui tourne à coup de transistors et de service après-vente. C’est une flamme, cette Charité, difficile et fuyante, discrète et réchauffante, que l’on a toujours peur de voir s’éteindre et qui vacille au moindre soupir. Ce n’est point facile de la porter, cette flamme aux quatre vents de la mappemonde, entre les tempêtes de la guerre et les murailles de l’argent. Nous essayons depuis le Biafra jusqu’à Jérusalem, de la maintenir, cette vive flamme, en votre nom. Elle serait éteinte depuis longtemps s’il n’y avait que nos tremblantes mains. Mais il y a chaque année cette extraordinaire fournaise d’une prière brûlante. Celle de tout un pays en prières. Celle de cette journée à genoux. C’est ici le secret de tout cela, qui dépasse tous les chiffres, et tous les appels.

Le compte à rebours est déjà commencé. Nous approchons de cette mise à feu du 3° dimanche de novembre : un jour où, pour la Charité, toutes les paroisses prient. Cela n’a pas de prix. Merci.

Jean RODHAIN,

prêtre