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Pour la difficile charité. Pour l'efficace charité

31 août 2017
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Jean RODHAIN, « Pour la difficile charité, pour l'efficace charité », Messages du Secours Catholique, n° 202, novembre 1969, p. 3.

Pour la difficile charité

Merci à chacun pour votre tact : vous n’êtes point de ces cerveaux simplistes qui nous considèrent comme une mécanique calculant et répartissant, avec des claviers, des cases et des clignotants, comme un bowling à l’échelle internationale.

Vous savez que la difficile Charité n’est pas une fusée Apollo avec une usine qui tourne à coup de transistors et de service après-vente. C’est une flamme, cette Charité, difficile et fuyante, discrète et réchauffante, que l’on a toujours peur de voir s’éteindre et qui vacille au moindre soupir. Ce n’est point facile de la porter, cette flamme aux quatre vents de la mappemonde, entre les tempêtes de la guerre et les murailles de l’argent. Nous essayons depuis le Biafra jusqu’à Jérusalem et aussi dans chaque village de France de la maintenir, cette vive flamme, en votre nom. Elle serait éteinte depuis longtemps s’il n’y avait que nos tremblantes mains.

Mais il y a chaque année cette extraordinaire fournaise d’une prière brûlante. Celle de tout un pays en prières. Celle de cette Journée à genoux. C’est ici le secret de tout cela, qui dépasse tous les chiffres, et tous les appels.

Le compte à rebours est déjà commencé. Nous approchons de cette mise à feu du 3ème dimanche de novembre : un jour où, pour la Charité, tous les enfants prient. Cela n’a pas de prix. Merci.

Pour l’efficace charité

Pour être efficace, il faut savoir choisir.

Choisir entre bloquer l’avion au sol pour éviter les risques ou bien ordonner à l’équipage de partir vers le Biafra risquer sa vie afin que les enfants reçoivent une cargaison de survie.

Choisir entre cette prison où 300 jeunes détenus réclament des livres de classe et cet hospice où les vieux demandent un atelier de bricolages pour leurs soirées trop longues.

Choisir entre cent familles françaises qui réclament un centre pour héberger leurs enfants handicapés mentaux et cent villages des Indes où le développement ne se déclenchera que si partout un puits est d’abord creusé.

Choisir entre cet enfant des antipodes que l’on peut sauver à coup de millions en le transportant à Paris pour une opération délicate avec 6 mois de clinique spécialisée. Ou bien répartir la même somme sur 3.000 enfants Biafrais qui se contentent d’une demi ration par jour.

On aimerait ne pas devoir choisir et pouvoir tout entreprendre.

Mais à côté des projets présentés pour le choix et la décision, il y a dans le plateau d’en face le dossier trop mince des finances disponibles. Et il y a devant la balance, comme un inflexible juge ce commissaire aux comptes qui ne laisse passer que ce qui est compensé par les dons reçus.

Voilà pourquoi, avant de choisir, on attend cette journée. Cette Journée Nationale du 16 Novembre : vos dons feront pencher la balance et son aiguille implacable nous désignera ce qui est retenu et ce qui devra être abandonné.

L’efficacité tient à un jour : 16 Novembre.

Jean Rodhain

Secrétaire Général du Secours Catholique