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Le carnet de Sidoine

04 septembre 2017
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Jean RODHAIN, « Le carnet de Sidoine », Messages du Secours Catholique, n° 204, janvier 1970, p. 2.

Le carnet de Sidoine

Question 1

Dans le dernier numéro de « Messages » page 15, colonnes 3 et 4 on décrit l’inauguration de la nouvelle Maison Hospitalière de Lille en précisant qu’elle est la première fondation de ce genre en France. Or, il me semble avoir déjà entendu parler d’une autre fondation du même genre. Est-ce exact ? Dans quelle ville se trouve-t-elle ? Quelle est la première en date ? Qui l'a fondée ?

Réponse :

C’est exact. Il existe une autre Maison Hospitalière. Elle a été Inaugurée le 8 novembre 1960 par Mgr Rodhain. Elle est donc la première en date. Elle se trouve à Berck (à 120 km de Lille). Fondée par le Secours Catholique d’Arras, elle s’appelle : « Cité-Secours Saint-Vincent de Paul ». Elle accueille en provenance de France et de l’étranger, celles des familles des enfants soignés dans les sanatoria de Berck qui ne peuvent payer l’hôtel. Depuis sa fondation, elle a hébergé 10.266 personnes et servi 70.247 repas gratuits.

Question 2

On vient de fermer le Grand Séminaire du diocèse. Il est question de déménager le Petit Séminaire. On va mettre en vente le magnifique domaine des Vocations Tardives...

On explique cela par des « regroupements rationnels ». On démontre que les élèves actuels ne supportent plus l’architecture des couloirs et des cloîtres et qu’ils sont avides de contacts avec la vie.

Dans ce triomphalisme à l’envers, on oublie un élément de poids : les laïcs. Car c’est nous, les laïcs qui avons payé de nos propres deniers pour construire ce Séminaire et c’est avec nos dons que l’œuvre des Vocations Tardives a acquis ce domaine. Et nous, laïcs, nous nous étonnons que cela disparaisse sans même qu’on nous consulte...

Réponse :

Je suis, mol, Sidoine, incompétent dans ces problèmes. Mais je reçois continuellement des lettres de ce genre. Il y a donc - indiscutablement - une inquiétude des laïcs dans ce problème qui touche à la pauvreté dans l'Église. Personnellement je suis de votre avis, mais la rédaction de « Messages » censurera ma réponse[1].

Question 3

Je suis désorientée sur tout ce qui se dit à propos des réformes actuelles. Que dois-je faire ?

Réponse :

1° Ecouter un peu moins « ce qui se dit ».

2° Lire un peu plus les authentiques textes du Concile et aussi les lumineuses explications données chaque mercredi par un « spécialiste » qui a grâce d’état pour parler des vraies réformes : le Pape Paul VI.

Question 4

Monsieur Sidoine, je vous écris pour vous avouer le réconfort que toute ma famille trouve dans le spectacle des activités du Secours Catholique et aussi dans la lecture de certaines pages de « Messages ». Comme jamais il n'est question dans votre carnet de lettres d’encouragement, je tiens à vous en envoyer une pour ce nouvel an 1970.

Réponse :

Je vous remercie. En réalité, la rédaction reçoit chaque semaine de nombreuses lettres d’encouragement. Ils s’en réjouissent. Ils les savourent. Ils les relisent avec délectation. Mais ils ont la cruauté de me les cacher. Ils ne me passent, pour y répondre, que les critiques et les objections. Soumis à ce régime exclusif et corrosif, je deviens acariâtre, et c’est la faute de la rédaction... Alors, de grâce, écrivez-moi en mettant « Personnel ». Merci.

Question 5

Dans « Messages » d’octobre, l’éditorial page 1, col 2, comporte cette phrase :

« On dit que 720 paysans des montagnes du Monomotapa écrivirent un jour au Vatican en suggérant la démolition de cette basilique Saint-Pierre considérée par eux comme signe de triomphalisme. »

Or, étant un des signataires du manifeste des 720, je demande une rectification. Nous n’avons pas suggéré la démolition. Nous avons écrit :

« Nous ne savons pas quand ce temple sera détruit : malgré ses beautés, nous ne le pleurerons pas, il nous a fait trop de mal, mais nous savons bien, par contre, qu’il ne restera pas pierre sur pierre du triomphalisme de l’Église dont il est le symbole. »

Réponse :

Primo : nous publions volontiers votre rectification.

Secundo : moi, Sidoine, je ne suis sacristain que d’une chapelle petite et pauvre. Si j’étais sacristain d’une cathédrale, je serais naïvement séduit par la foi de ceux qui l’ont bâtie et par l’esprit de ceux qui entrent y prier. Cette foi de jadis et cette recherche d’aujourd’hui me paraissent plus importantes que les erreurs attribuées aux bâtisseurs.

Et si j’étais distributeur d’étiquettes, ce qui n’est pas mon métier, je réserverais l’étiquette de « triomphalisme » pour le sous-marin atomique « Le Terrible » que ‑ contribuable – j’ai financé contre mon gré, ou aux trois grands veaux d’or modernes auxquels les modernes Français adorateurs consacrent chaque semaine le prix d’une cathédrale : j’ai nommé leurs Excellences Révérendissimes : Alcool, Cinéma et Tiercé.

Sidoine

 

 

[1] N.D.L.R. : Sidoine se trompe. Nous ne le censurons pas.