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Désarmement et développement

04 septembre 2017
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"Désarmement et développement", MSC, n°217, mars 1971, p.7.

Désarmement et développement

« La course aux armements est une plaie extrêmement grave de l'humanité et lèse les pauvres d'une manière intolérable. »

Concile Vatican Il Gaudium et Spes (2° partie, chap. V, n° 81, par. 3).

Les armements absorbent des crédits considérables, tandis que le développement piétine faute de crédits.

« ... il nous est douloureux de voir, dans les pays à l'économie plus développée, les armements redoutables déjà créés et d'autres toujours en voie de création, non sans d'énormes dépenses d'énergie humaine et de ressources matérielles. De là des charges très lourdes pour les citoyens de ces pays, tandis que d'autres nations manquent de l'aide nécessaire à leur développement économique et social... »

Encyclique de Jean XXIII, Pacem in terris, 1963, 1.44.

Le surarmement cause une psychose de peur : il entrave le travail du développement.

Quand votre voisin élève des chiens méchants, quand vous les entendez hurler la nuit, je prétends que même s'ils ne vous ont pas encore mordu, ces chiens, par leur seule présence, détériorent le climat du village.

De même les bombes atomiques accumulées chez le voisin avant même d'être utilisées détériorent le climat mondial.

« Si vous voulez être frères, laissez tomber les armes de vos mains... Les armes, surtout les terribles armes que la science moderne vous a données, avant même de causer des victimes et des ruines, engendrent de mauvais rêves, créent des cauchemars, des défiances, de sombres résolutions : elles exigent d’énormes dépenses ; elles arrêtent les projets de solidarité et d’utile travail ; elles faussent la psychologie des peuples... »

Le meilleur moyen de lutter contre le surarmement, c’est de faire connaître la misère du Tiers Monde.

Oui, les deux questions sont liées. Le jour où chaque famille confortable de l'Occident aura compris la situation véritable des familles sans pain, sans salaire et sans toit du Pérou ou du Pakistan, il n'y aura plus d'électeurs pour voter les crédits de guerre. Entraîner le plus de monde possible à connaître le Tiers Monde, apprendre à chacun les réalités et, donc, les besoins des pays de la faim, c'est former l'opinion de demain, c'est faire reculer les fanatiques de la bombe atomique. C'est peser sur la balance pour le développement. Du même coup le plateau des armements s'enfonce.

Conclusion

Notre pédagogie est celle de la main à la pâte. Ces gens de la brousse africaine réclament l'outillage pour un puits. Or je prétends qu'il ne s'agit pas seulement d'envoyer 100 dollars pour le puits : il s'agit d'intéresser le plus de monde possible au creusement de ce puits : les enfants de l'école de Marencourt-les-Potiers, et leurs parents aussi. C'est plus difficile que le forage lui-même. Mais c'est plus éducatif. Et la question progresse : Il y a 20 ans, on n'aurait jamais trouvé un tel élan pour le Pakistan. En 20 ans le public s'est ouvert aux problèmes internationaux.

Les Micro-réalisations, avec du travail concret, préparent des hommes si convaincus du développement qu'ils feront peu à peu reculer la bombe atomique.

Jean RODHAIN.