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Un peu de fraîcheur, s’il vous plaît

02 novembre 2012
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Jean RODHAIN, "Un peu de fraîcheur, s’il vous plaît", MSC, n°239, mars 1973, p. 2.

Un peu de fraîcheur, s’il vous plaît

1.- Théocrite est un homme complet et prudent. Il calcule ses démarches avec une rigueur d’ordinateur. Il mesure ses phrases avec un centimètre d’acier inoxydable. On ne peut pas lui reprocher sa spontanéité : il n’en a plus.

Théocrite n’est pas du tout un égoïste : il a un cœur, mais le souci des risques possibles l’a peu à peu paralysé : comme une main un cœur s’ankylose aussi dès que son activité se ralentit.

Il ne visitera pas un vieillard, car il professe que tout dépend des structures. Il ne donnera pas son vieux manteau au vestiaire du quartier, car il entend marquer ses distances avec tout paternalisme distributeur. Il ne cotise pas à la Croix Rouge, car il pousse l’esprit de collégialité jusqu’à attendre le consentement unanime de ses collègues avant de remuer le petit doigt. Théocrite a réussi a être droit comme l’acier mais il est devenu finalement froid et triste comme lui.

2.- Sœur Verveine, quand elle visite un infirme apporte généralement une fleur. Ce qui ne l’empêche pas d’avoir des principes fort solides. Quand elle dialogue, il lui arrive d’avouer spontanément tout ce qui lui passe par la tête sans pour cela se croire infaillible. On la sait accueillante car elle écoute toujours et elle n’a jamais l’air de se raidir d’après ce que les autres pourraient penser du cas en question. Son costume religieux n’a rien d’amidonné, son sourire non plus. Et d’avoir fréquenté la Bible et quelques volumes de théologie, cela ne l’a pas glacée. L’âne chargé de reliques n’avance plus qu’à pas comptés : sœur Verveine ne compte ni ses démarches, ni ses intentions. Et quand elle a réussi à ramener sur le rivage un pauvre type découragé, elle appelle cela « un coup fumant » et aussitôt elle éclate de rire.

Au milieu de tant d’automates agitant un projet de déclaration et zigzaguant d’un pas saccadé de commissions en carrefours, sœur Verveine est une frêle et reposante bouffée de fraîcheur.

3.- Dans l’Évangile, il n’y a rien d’étriqué :

C’est un vin meilleur que celui de la cave, qu’aux Noces de Cana, le Christ distribua sans compter (Jean, 2, 1-11).

Pour les 5.000 hommes assis dans le foin sur les pentes de la montagne, le pain et les poissons furent si surabondamment multipliés que les Apôtres durent pour recueillir le surplus, aller chercher douze corbeilles (Marc, 6,30-44).

C’est un parfum d’un grand prix que le Christ accepta lorsque Madeleine le répandit en son honneur (Marc, 14, 3-9).

Ce sont des centaines de rameaux et des centaines de manteaux dont la foule tapissa le chemin devant le Christ arrivant à Jérusalem. (Mat, 21, 7-8).

L’Évangile est ainsi rempli de gestes sans ordinateur.

Seigneur, assouplissez nos cerveaux surtendus et ramenez-nous à la fraîcheur de ces enfants, au cœur encore sans calculs.

Amen.

SIDOINE