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Le carnet de Sidoine - 74-09

01 novembre 2012
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Jean RODHAIN, "Le carnet de Sidoine", MSC, n° 255, septembre 1974, p. 2.

Le carnet de Sidoine

Question 1

- Pouvez-vous nous indiquer un volume retraçant la guerre du Biafra et l’histoire du pont aérien pour sauver les enfants ?

Réponse

- A mon avis, cet ouvrage n’existe pas encore. Le premier document relatif au pont aérien vient d’être publié par I’Institut des Hautes Etudes Internationales de Genève. Il pose exactement le problème : pour sauver de la famine des milliers d’enfants dans le réduit biafrais, pouvait-on survoler le territoire du Nigeria ? C’était illégal et périlleux.

Deux organismes acceptèrent ces risques : la Croix-Rouge internationale et un groupe interconfessionnel où figurait Caritas Internationalis. Plus de quatre mille vols furent réalisés de nuit dans des conditions dangereuses, mais ils permirent le sauvetage des enfants. Tandis que les équipages risquaient leur vie en atterrissant sur la piste forestière d’Uli, les négociations n’ont cessé de se poursuivre avec Lagos et avec le Biafra en vue d’une autorisation de transit.

Finalement le 11 juin 1969 la Croix-Rouge devant l’échec des négociations décidait de supprimer ses vols de secours. Tandis que Caritas et son groupe continuèrent leur vols quotidiens jusqu’à la fin de la guerre (janvier 1970).

L’étude en question est consacrée uniquement à la Croix-Rouge et essaye de répondre aux questions suivantes : Pourquoi les négociations ont-elles échoué et quelles méthodes aurait dû employer le C.I.C.R. ?

Il ne s’agit donc pas d’un historique du pont aérien, qui reste à écrire, mais d’un élément important dans l’étude du cas de conscience posé alors aux grandes organisations. C’est un exemple typique, sur le plan mondial, des relations Charité et Politique...

Question 2

- Dans le dernier numéro de « Messages » deux pages, entières (pages 18 et 19) sont consacrées à de récentes réalisations charitables dans le monde . On y apprend beaucoup de choses. Mais je m’étonne que la grande presse garde le silence sur ces réalisations.

Réponse

- C’est justement à cause de ce silence que « Messages » existe. C’est la spécialité de « Messages » : être le porte-parole de tous les « exclus » qui n’ont pas le moyen de se faire entendre.

Question 3

- En publiant les impressions de Mgr Rodhain revenant du Bangladesh au moment de la victoire sur le Pakistan, « Messages » signalait la situation dramatique des « Biharis ». Ceux-ci parqués dans des camps provisoires étaient mal ravitaillés, mal soignés, et en butte à l’hostilité générale de la population locale.

En même temps on rappelait la situation anormale des militaires et des civils pakistanais qui restaient détenus en Inde comme « prisonniers de guerre ».
Que sont devenus ces Biharis et ces prisonniers ?

Réponse

- A l’heure actuelle le travail du rapatriement est accompli pour les prisonniers pakistanais et en partie réalisé pour les Biharis.

Cela est dû à une collaboration exacte entre les deux organismes responsables : le Comité International de la Croix-Rouge et le Haut-Commissariat pour les Réfugiés.

Un chiffre : c’est par voie aérienne que ces rapatriements ont été réalisés.
Entre Dacca et Karachi (distance 2.500 kilomètres), il a fallu jusqu’ici 2.820 vols consacrés à cette seule opération.

Question 4

- En plus de votre réseau de bénévoles, vous avez au Secours Catholique un certain nombre de postes salariés. Comment se réalisent dans un organisme de charité comme le vôtre les relations entre employés et employeurs ?

Réponse

- Comme dans toutes les entreprises, par l’application des dispositions légales. Le personnel du Siège social, des 110 Délégations de province et des Cités-Secours élit chaque année ses représentants au comité d’entreprise du Secours Catholique et aussi aux deux collèges des délégués du personnel.

Question 5

- Au mois de juillet, de passage à Lourdes, j’ai visité votre Cité-Secours. J’ai été frappé de voir parmi les pèlerins hébergés une forte proportion venant de l’Est de l’Europe. Mais étant donné l’augmentation du prix de la vie, comment faites-vous pour loger et nourrir gratuitement ces pèlerins ?

Réponse

- Il est exact que le nombre des pèlerins sans ressources en provenance de Hongrie, Pologne et Yougoslavie est en augmentation continuelle.

Il est exact aussi que le budget de la Cité-Secours de Lourdes est de plus eh plus lourd.

La Cité peut faire face à ces charges croissantes grâce aux visiteurs, mais sur tout aux lecteurs de « Messages » qui, jour par jour, alimentent son C.C.P.

Question 6

- Voici le trentième anniversaire de la Libération de Paris. Que faisait le Secours Catholique en ce mois de septembre 1944 ?

Réponse

- Nos équipes travaillaient dans trois directions.

Primo : Obtenir des U.S.A. des stocks de vivres pour les enfants des hôpitaux et des régions sinistrées.

Secundo : Négocier avec Genève et avec le Vatican pour les camps de déportés en Allemagne .

Tertio : Organiser (avec l’abbé Stock) l’aumônerie des 800.000 prisonniers allemands détenus en France.

Seulement ces équipes ne porteraient le nom de Secours Catholique que deux ans plus tard : 6 septembre 1946.