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Partager c’est multiplier

01 novembre 2012
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"Partager, c’est multiplier", MSC, n°257, novembre 1974, p. 1.

Partager c’est multiplier

Je partage ce fraisier et je repique les plants obtenus : ainsi j’ai multiplié les fraises pour l’été prochain.
Je partage ce journal avec mes voisins à qui je le passe régulièrement. Ainsi l’ai multiplié les occasions de réfléchir.
On partage cet atome d’uranium au point de parvenir à une véritable fission ainsi on multiplie les réactions en chaîne, c’est la force nucléaire.
Sur le Mont des Béatitudes, cela aurait pu se passer autrement. Pour nourrir cette foule affamée, le Seigneur aurait pu déclencher, descendant d’une nuée lumineuse, un cortège d’anges distributeurs. Cette mise en scène aurait frappé l’opinion. Pas du tout, le Seigneur accueille simplement ce gamin avec dans sa corbeille ses cinq pains qu’il accepte de partager. Ce partage devient la multiplication des pains. Partager, c’est, multiplier...

Si un calculateur vient discuter ce qui lui parait en cela une entorse aux lois de l’arithmétique, je lui concéderai que cela échappe en effet totalement à la stricte arithmétique. Nous sommes sur un autre plan.
L’égoïste, qui ne partage pas, se referme sur lui-même. Il s’enferme. C’est la dureté de la porte fermée. Il n’y a plus rien après.
Le partage, au contraire, est un déploiement comme la plante dont la tige en se divisant s’épanouit en fleurs et en fruits.
Dans le royaume mystérieux des âmes, il y a, ainsi des lois non chiffrées qui font du partage un épanouissement aux fruits multiples.

Enfin à tout cela Il faut ajouter la propagation contagieuse : saint Martin partage son manteau sans imaginer qu’à son exemple des générations entières imiteront ce partage : il a multiplié du même coup des échos innombrables.
Dans un quartier en apparence inerte, voici des enfants qui, avec une spontanéité d’enfants, se mettent au service d’un paralytique sans famille. Trois mois après, réveillés par ce petit choc, des adultes font une enquête sur les cas semblables. On découvre ceux qu’on ne voyait pas. On interroge la municipalité sur ces cas du quartier. Le partage des enfants à fait écho. Il a eu de multiples conséquences.
Partager, c’est encore multiplier...