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Les 3737 puits

21 octobre 2012
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"Les 3.730 puits", MSC, n°279, décembre 1976, p.3.

Les 3730 puits

Les Nations unies organisent à Buenos Aires une conférence internationale sur les problèmes de l’eau. Dans le travail préparatoire à cette conférence il a été demandé au Secours Catholique un bilan de ses Micro-réalisations ayant trait à ces problèmes de l’eau. Et au moment de présenter ce bilan je remarque deux aspects singuliers de cette opération.

Il s’agit d’un énorme travail.
Depuis 1961 jusqu’à 1976 voici un programme qui totalise plus de 3.730 puits creusés et aménagés. Imaginez qu’une entreprise de travaux publics soit chargée d’un tel nombre de chantiers éparpillés du Sahel au Pérou, des Indes au Chili. D’excellents ingénieurs calculeront l’outillage, le personnel, les capitaux, les bureaux d’études nécessaires pour mener à bien une pareille entreprise... Or, en réalité ces 3.730 micro-réalisations dépendent d’un minuscule et unique bureau et d’un secrétariat réduit à l’essentiel. Tout se traite par lettres, contacts, explications, persuasions, rapports. C’est le maximum de réalisations avec le minimum d’équipement. Et voilà le premier étonnement devant cet énorme travail.

Il s’agit avant tout d’un travail éducatif.
Les 3.730 dossiers concernant ces chantiers sont variés : il y a les puits pastoraux réservés aux troupeaux et les puits villageois destinés à la vie quotidienne. Mais ce qui domine dans cette documentation c’est le souci des besoins locaux.
Voici à titre d’exemple quelques extraits d’un rapport reçu en 1971 de la Haute-Volta :
« Avant d’entreprendre de creuser un puits, il faut absolument que les villageois le demandent. Alors un sourcier se rend sur place pour tâcher de découvrir à la baguette les nappes d’eau souterraine. On questionne sur les anciens emplacements de puits éboulés, le pourquoi de leur éboulement. On interroge sur la quantité d’eau qu’on en retirait, sur le nombre de personnes qui buvaient. Si les puits ont tari, on demande quelle en fut la cause. Quelquefois les anciens hésitent ou répondent à côté des questions ou taisent les endroits exacts des anciens puits... Il s’agit de ne point heurter les mentalités ».
« Il faut ensuite déjouer les intérêts contradictoires des divers quartiers de ce village ; chacun désire obtenir son puits devant sa cour... On cherche divers endroits d’eau probable. On doit alors obtenir qu’un seul endroit soit retenu et accepté comme valable pour tout le village ».
« On passe au second point : les anciens, les jeunes gens doivent engager leur parole, tous ensemble, cour par cour, qu’ils sont d’accord pour creuser et mener le travail à son résultat. Si cette palabre ne débouche pas sur une entente sans réticences, il vaut mieux surseoir jusqu’à plus ample informé. On marque simplement d’un caillou les divers endroits où il parait probable d’obtenir de l’eau et on attend »...
« Si un village se décide et engage sa parole à creuser jusqu’au bout, reste à chercher à proximité les matériaux : gravier, sable, gravillons, cailloux... Lorsque le village annonce que tout se trouve à pied d’œuvre, alors seulement les jeunes gens viennent se munir du matériel acheté grâce au Secours Catholique : tire-font, cordes, poulie, ciment, fer, buses, outils divers... On leur confie un âne, une charrette, à charge pour eux de s’en occuper pour transporter l’eau indispensable au béton... et ils iront parfois jusqu’à des dizaines de kilomètres quérir l’eau qui leur permettra à leur tour de buser leurs puits ».
« Tout au début nous avons engagé, faute de trouver sur place, des puisatiers étrangers. Ce pis-aller ne dura pas, nous disposons sur place de trois puisatiers du cru, compétents qui œuvrent seuls et sont valables. Ce puisatier nourri et logé par le village qui creuse le puits, devient l’animateur, et la rapidité du travail dépend beaucoup de son autorité naturelle. Les anciens, à l’ombre d’un hangar de paille, encouragent de leur présence. Les jeunes hommes ou jeunes gens creusent et le puisatier ne bétonne en descendant que les parois qui risqueraient de s’ébouler. Garçonnets, fillettes et jeunes filles approvisionnent en gravier, gravillons, cailloux et nourriture ; car la tâche s’avère rude ».

Ainsi l’histoire de ces milliers de puits est une histoire au ras du sol où chaque ligne est un geste exactement adapté à la vie quotidienne. On peut faire le bilan total des services rendus par l’eau à l’hygiène et à la santé de tant de villages. Mais il ne s’agit pas d’un tour de force technique. Il s’agit d’être attentif à des besoins précis ....

Au moment de présenter aux Nations unies le bilan de ces 3.730 puits, devant les dimensions singulières de ce travail, comment ne pas rappeler que le capital - énorme - ainsi accumulé pour ces Micro-réalisations a été réuni jour par jour par chacun de vous, lecteurs de « Messages ». Ce sont vos envois fidèlement poursuivis qui ont permis ces chantiers, entrepris et poursuivis.
Le Seigneur a promis qu’un seul verre d’eau ne resterait pas sans récompense. Alors ces eaux jaillissantes, elles seront finalement vos joies. N’est-ce pas une façon de vous souhaiter Noël ?

J. RODHAIN