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Mgr Gérard Defois : conclusion du colloque

16 novembre 2013
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Le président de la Fondation tire ses conclusions du colloque.

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Colloque de la Fondation Jean Rodhain, 8-10 novembre 2013.

Conclusions de Mgr Gérard DEFOIS, président de la Fondation.

Tout d’abord, je voudrais signaler que la mission de la Fondation Jean Rodhain finalise ses travaux et son action dans la réflexion universitaire, elle ne peut par elle-même organiser une action ou même fédérer ce qui se passe dans les diocèses, elle doit seulement offrir cette réflexion aux instances pastorales comme au secours catholique, et plus particulièrement aux chaires universitaires qui pourraient ensuite être sollicitées par les diocèses et les associations locales. Ce colloque n’aura de suite que dans l’information que vous pourrez transmettre, même si le site de la fondation et les cahiers des éditions de l’Atelier proposent publiquement nos travaux à tous ceux qui seront intéressés à donner une suite, tant à Diaconia qu’à ce colloque. Je voudrais tirer de nos travaux quatre suggestions :

1. A l’occasion des prochaines élections municipales nous devons faire entendre la voix des catégories estimées « pauvres », culturellement ou économiquement dans nos communes. Souvent celles-ci sont mal intégrées dès le départ, mais aussi il faut prendre en compte celles qui sont « appauvries » dans le fonctionnement actuel de nos sociétés, en particulier l’éclatement des familles lors de séparations ou de divorces et les situations de surendettement qui s’ensuivent. Que durant nos rencontres avec les candidats à l’élection nous soutenions des prises de parole qui font entendre la voix de ces citoyens qui ont droit à l’écoute de tous pour ne pas être privés de leurs responsabilités civiques. En particulier les sans domicile, les familles aux membres dispersés, les personnes de tous âges isolés et réduits à des conditions de vie déshumanisante. Il importe que ces diverses situations d’appauvrissement actuel soient exprimées devant ceux qui auront à diriger la population vers un vivre-ensemble communautaire. Ceci se révèle impératif dans le contexte particulièrement difficile des périphéries urbaines, mais aussi une population rurale âgée ou fortement déstabilisée par le chômage.

2. Dans le contexte contemporain de l’urbanisation, de la modification des activités et des services, le déplacement multiforme des familles, du « célibat géographique » de beaucoup de professionnels, il importe de soutenir des communautés fraternelles locales, il s’agit de créer du lien entre les uns et les autres comme témoignage d’espérance et de foi partagée. Dans l’Église même, nous devons éviter la tendance contemporaine à la centralisation des services et à se fermer sur des relations de fonctionnement pour satisfaire des besoins religieux individuels ; ce qui marginalise des catégories « périphériques » de la société. Soutenir le tissu social de réalisations et de relations entre les personnes est un besoin fondamental d’une société qui fait dialoguer les différences et accueille les richesses multiples des uns et des autres. La communauté ecclésiale et les sociétés particulières « tricotent » leur unité dans l’apport des différences. En ce sens, ce qui a été appelé lors de la rencontre de Lourdes « la voix des pauvres » devrait constituer un élément dynamique de notre société pour établir son « vivre ensemble ».

3. Les conséquences sociales et culturelles de l’urbanisation, en ville mais aussi dans les régions rurales jusqu’à la lointaine périphérie des cités d’aujourd’hui, les effets structurels des crises économiques, nous conduisent à modifier notre langage moral sur la pauvreté et sur la solidarité. Nous avons d’abord à entendre le cri d’appel, le besoin premier de reconnaissance des personnes, de besoin d’être reconnu comme partenaires de dialogue et d’action. Des groupes informels venus d’ailleurs, loin de nos habitudes de langage appellent des engagements renouvelés et différents dans l’approche de nos communautés catholiques habituelles. L’attitude « diaconale » est ainsi sensible à la demande des autres et donc à l’écoute de cette voix qui vient d’ailleurs. S’interroger sur la « place de la parole des pauvres dans l’Église », ce n’est pas seulement une question institutionnelle s’adressant au pouvoir culturel chez les catholiques français, c’est interroger la société sur ses solidarités tant morales que politiques. Et par là interroger les catholiques sur leurs responsabilités civiques et sociétaires. Le christianisme, fondé sur la multiplicité des quatre traditions évangéliques doit faire la preuve qu’il est capable de faire alliance avec tout homme et créer de la fraternité par l’écoute et le dialogue.

4. La réflexion de quelques catholiques, rapportée lors de la table ronde : « ce n’est pas notre monde », parlant d’une rencontre avec des participants exceptionnels à la messe du dimanche et en suite invité à un repas cordial avec tous, révèle le défi de la rencontre de l’autre qu’une société mondialisée nous appelle à relever. La relation entre les catégories sociales, les races, les religions et les cultures devient soit dans la confusion, soit dans la confrontation, soit dans le partenariat d’un dialogue, un lieu éthique et stratégique à effet politique. Il ne s’agit pas seulement d’un œcuménisme bienveillant, mais beaucoup plus de solidarité dans la promotion de l’homme et des hommes. L’expérience de G. Guttierez d’une lecture de l’évangile comme action de socialisation, à la fois culturelle, économique et religieuse, à partir de l’expérience concrète des « pauvres » aurait beaucoup à nous apprendre.