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Colloque 2018 : Homélie dominicale de Monseigneur Descubes

07 février 2018
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Colloque de la Fondation Jean Rodhain

26 - 28 janvier 2018

Hospitalité et identités fragilisées

HOMÉLIE

Quatrième dimanche du Temps ordinaire – B

(Deutéronome 18, 15-20 ;  1 Corinthiens 7, 32-35 ; Marc 1, 21-28)

Nous venons de l’entendre par deux fois :

  • Jésus enseigne en homme qui a autorité ;
  • Voilà un enseignement nouveau donné avec autorité.

D’où vient cette reconnaissance ?

  • Sans doute de la cohérence que Jésus met entre ses paroles et ses actes ; à l’inverse des scribes, il ne se contente pas d’expliquer la lettre des textes proclamés sur la base de commentaires reçus des anciens, il s’engage dans sa parole invitant à s’affranchir des idées reçues et des réponses toutes faites.
  • Plus probablement encore, parce que sa parole rejoint ce qui est inscrit au plus profond du cœur des hommes : l’espérance d’être libéré du mal.

Jésus est le prophète annoncé par Dieu et promis par Moïse dans le Deutéronome. Par lui la Parole de Dieu vient jusqu’à nous.

Et tout à coup, dans l’assemblée fascinée par son autorité, une intervention intempestive : celle d’un homme tourmenté par un esprit mauvais. L’esprit mauvais, l’esprit impur s’oppose à la sainteté de Dieu. Je sais qui tu es : tu es le Saint de Dieu. Nous voyons ce que produit cet esprit : il empêche l’homme d’être un homme ; il l’aliène, il le possède.

A cet esprit Jésus impose son pouvoir ; à l’homme enchainé il offre la liberté.

Sans doute ressentons-nous une certaine gêne quand on évoque Satan. Moi-même j’avoue demeurer perplexe et ne savoir comment interpréter les dernières paroles du Père Jacques Hamel, un prêtre de mon diocèse, au moment de son assassinat : Va-t-en, Satan !

Mais ce dont il est le symbole existe : des forces qui pervertissent le monde et nos sociétés, qui faussent les perspectives, qui détruisent la paix, qui habitent nos pulsions et conditionnent nos décisions.

Fidèle à la tradition que la Bible ne cesse de répéter avec insistance, Jésus redit que Dieu nous libère de ses forces qui corrompent la vie humaine. Dieu a dé-fatalisé l’histoire. Nous sommes invités à la liberté.

Tel est le don de Dieu. Et, selon l’invitation qui termine chacune de nos liturgies, nous pouvons aller en paix, nous pouvons vivre en paix. Une paix exigeante : car il ne s’agit pas de s’évader du monde, de fuir l’histoire mais d’y être acteur en vivant en communion les uns avec les autres, non seulement là-bas aux pays de la guerre et des dérèglements économiques, climatiques et politiques, mais ici et maintenant avec ceux et celles dont les migrations et les exclusions font qu’ils sont notre prochain.

Dieu n’intervient pas directement. Les miracles dont nous rêvons, ne sont pas sa manière habituelle d’agir. Il nous laisse le soin d’écrire avec nos frères et nos sœurs en humanité l’histoire d’aujourd’hui qui conditionne celle de demain.

C’est dans cette logique que se situe saint Paul dans la deuxième lecture que nous avons entendue, même s’il est légitime de discuter les conséquences qu’il en tire et qu’il importe en tout cas de resituer dans le contexte de l’Eglise de Corinthe à laquelle il écrit.

Certes témoigner de l’Evangile de Jésus en paroles, en actes, par des engagements solidaires et publics, dans des actions de plaidoyer, dérange :

  • tout autant ceux auprès de qui se faire entendre : tant d’idées reçues et de procédures sont remises en question ;
  • que ceux à qui il revient de s’engager dans ce témoignage, de prendre la parole et d’élever la voix en raison des risques pressentis.

Je ne veux plus entendre la voix du Seigneur mon Dieu, je ne veux plus voir cette grande flamme, je ne veux pas mourir.

Et pourtant cette voix est nécessaire à entendre et à faire entendre pour être en vérité le peuple de Dieu, un peuple en quête de paix réunissant les femmes et les hommes de notre temps sans en excepter aucune et aucun, chacune et chacun respecté dans sa dignité et dans ses droits, reçu, protégé, promu et intégré.

Les refus, les fermetures, et les réticences appellent notre révolte. L’accueil et les initiatives en faveur des personnes exclues, réfugiées et migrantes sont une force et une puissance susceptibles de transformer et de convertir notre société : une grâce pour surmonter ses peurs et ses égoïsmes, pour être plus juste et fraternelle, c’est-à-dire un peu plus elle-même.

 

                                                           Jean-Charles Descubes

                                                           Archevêque émérite de Rouen

                                                           Président de la Fondation Jean Rodhain