Vous êtes ici

Colloque 2018 : Intervention du Réseau Saint Laurent

02 février 2018
Print

Prise de parole du Réseau Saint Laurent
Colloque Jean-Rodhain
26-28 janvier 2018

 

Hospitalité et identités fragilisées

 

Cette prise de parole a été écrite à partir de la transcription d’une réunion de membres de la Pierre d’Angle du groupe de Paris. Le texte suit le fil de nos échanges. Nous étions 10 personnes. Nous avons répondu aux questions proposées : c’est quoi l’hospitalité ? Qu’y a-t-il de beau dans l’hospitalité ? Est-ce que c’est une valeur importante ?
La dernière question sur les migrants n’était pas prévue au départ.

 

L’hospitalité c’est recevoir quelqu’un chez soi, c’est être à l’écoute et avoir de la patience. Et que la personne soit aussi à notre écoute : il y a de la réciprocité et de la gratuité.

L’hospitalité, c’est de ne pas être traité en ennemi. C’est accepter les autres, sans différence, sans discrimination. Le contraire de l’hospitalité, c’est la discrimination.

L’hospitalité, c’est une obligation pour tous ceux qui croient en Dieu. Jésus a été accueilli sur le chemin d’Emmaüs, il a été reçu chez Zachée. On peut commencer à parler d’hospitalité quand on reçoit avec l’instinct de la confiance.

L’hospitalité c’est entre la personne qui reçoit et la personne qui est reçue. Ca naît de l’honneur de ce qu’on a au fond du cœur. Ça dépasse la foi, on ne regarde pas qui est la personne ni d’où elle vient. C’est beau quand c’est un don mutuel et quand il y a de l’échange.

Il y a aussi de la gratuité dans l’hospitalité. J’ai rendu service à une famille, j’étais ravie d’avoir fait du bien. Je n’ai cherché ni la religion, ni la culture, j’ai vu seulement qu’ils étaient dans le besoin. Quand on fait du bien on n’attend pas qu’on nous le rende. Au contraire, je suis tranquille dans mon esprit en me disant : « Tiens, ils avaient vraiment besoin, qu’est-ce qu’ils auraient fait sans cette chaleur que je leur ai donnée ? » Cette valeur est importante parce que c’est de la bienveillance.

Mais comment se protéger des gens méchants ? C’est bien de prendre les gens chez soi mais des fois ça peut être un danger. Il faut se méfier. On ne peut pas se lier avec tout le monde. Ça peut être un gros danger. Moi j’ai été volé. C’est bien l’hospitalité mais c’est très difficile, ça peut nous mettre dans des situations infernales. Il faut savoir dire non, s’arrêter à temps quand ça nous porte préjudice. Il faut savoir mettre les limites.

Moi, j’ai été amené à ne plus être hospitalier chez moi. En fait j’ai appris à me renfermer chez moi, pour me protéger contre les vols mais aussi contre les agressions. Maintenant je prends comme règle de ne jamais faire dépasser le pas de ma porte aux personnes. Je connais des personnes qui n’ont pas fait ça et ça été tragique. Certains en sont morts. On ne peut faire vraiment l’hospitalité que si on est déjà en paix avec soi-même et si on est dans un endroit paisible. L’hospitalité c’est la confiance. L’hospitalité présuppose qu’on a confiance dans la personne. On donne une grande confiance à la personne en lui montrant notre intérieur et ce qui est intime.

Je donne mais pas à l’intérieur de chez moi. Parce que je ne veux plus recevoir chez moi. J’ai appris par l’expérience. Une fois une personne m’a dit qu’elle avait besoin d’une aide. Je lui dis : « vous viendrez à la maison pour cette nuit si vous voulez ? » Malheureusement elle m’a volé dans la nuit et elle est partie.

Avant j’étais extrêmement généreux et gentil, j’ai fait beaucoup de dons, j’ai reçu beaucoup de gens chez moi. Mais il a fallu que je vire tout le monde et maintenant je suis tranquille chez moi. Et ça j’en suis content et heureux parce qu’avant je passais pour l’idiot du village. Maintenant c’est terminé. Il faut être très prudent avec ces gens qu’on accueille.

Quand j’ai perdu ma fille, j’étais dans la difficulté, j’étais tellement dans la difficulté que je dormais dans la rue. Des fois, je dormais chez des gens, au salon. Moi, une femme toute seule au salon. Il y a trois hommes qui étaient là, et moi toute seule. J’ai trop souffert. Ils volaient mes affaires. Quand je demandais : « Qui a fait ça ? », tout le monde s’est mis contre moi. On m’a dit que je perdais la tête. Moi, franchement, maintenant je fais tellement attention aux gens. Je préfère rester dans mon coin, toute seule, même si je vais pleurer toute seule toute la journée et toute la nuit. Je préfère demander au bon Dieu de me donner ce que j’ai besoin, mais pas demander à un autre humain.

L’hospitalité pour moi c’est positif et négatif. Moi, j’ai toujours mis des gens chez moi. C’est le Seigneur qui me dit de faire ça. Et ma récompense ce n’est pas par les gens que je la trouve, c’est par l’Eternel. C’est Lui qui me le demande. Il voit que je fais ça, que ça vient de Lui. Pour moi c’est une récompense et jusqu’à maintenant je le fais. Je vis une vie vraiment difficile mais quand même je m’en sors avec la grâce que Dieu me donne. L’hospitalité ce n’est pas facile… mais je me sens bien quand même.

L’hospitalité c’est aussi être écoutée, écouter, prendre des nouvelles. Comme vous l’avez fait avec moi : vous n’avez jamais été découragée avec moi. Moi j’étais dans les problèmes mais pour toi je n’étais pas un problème. Tu m’as appelée jusqu’à ce que je rentre dans le filet de la Pierre d’Angle. C’est ça le travail de l’hospitalité.

Jésus, lui aussi, il a demandé l’hospitalité. Il a été reçu et il a donné l’hospitalité : c’est un partage commun. Il y a beaucoup de choses qui se font dans l’hospitalité. C’est vrai que ce n’est pas facile… Il faut se respecter, respecter l’espace de l’autre, il y a des difficultés pour la langue, des difficultés de la race… On m’a critiquée mais je m’en moque. Pour moi, l’hospitalité c’est un don. Il faut se montrer solidaire.

Il faut être solidaire. C’est vrai, mais mes compatriotes, ils ont tellement profité de moi. Donc maintenant c’est une belle phrase. C’est bien d’ouvrir la porte à n’importe qui et tout ça, mais quand on te donne un grand coup sur le dos… après tu changes d’avis sur les gens. L’hospitalité ça peut te rendre encore plus fragile. J’ai changé d’avis, maintenant je suis devenue dure comme tout le monde. Quand tu es trop gentil, les gens, ils te marchent sur les pieds. Et quand on a été déçu et blessé, comment enlever ça de son cœur ?

C’est important d’accueillir les autres mais ça se passe toujours mal. Pourtant même si ça se passe mal on a toujours envie de le faire. Pourquoi ? Je ne sais pas, j’ai toujours envie d’accueillir.

Dans l’hospitalité il faut faire preuve de patience, être à l’écoute de l’autre, être indulgent. Mais il ne faut pas envahir l’espace de l’autre. Il faut poser des jalons, directement et gentiment. Poser des jalons, c’est ça l’hospitalité. Si on reste sur sa peur, qu’est-ce que devient l’autre ?

Dans notre religion, on est très ouverts avec la religion des autres. On a un don pour être ouvert, on les respecte mais les autres religions ce n’est pas pareil. L’année dernière, il y avait une fête à l’église, j’accueillais des enfants de 7 ans 6 ans. J’ai dit : « Je vais partir à la fête à l’église, tu veux venir, on va y aller ensemble ? » Ils disent « Ah non, non, on est musulmans, on ne rentre pas dans cette maison. » Nous, on est ouvert pour recevoir toutes les religions, mais les autres religions, ce n’est pas pareil.

Moi, on m’a toujours rejetée mais je n’ai jamais rejeté les gens. J’ai galéré, je suis tombée dans la misère, mais si je peux aider, j’aide. Personne ne doit tomber comme moi dans la galère. Et Dieu m’a donné la force pour témoigner de sa grandeur.

 

Depuis plusieurs années en France et dans les pays européens nous voyons beaucoup de personnes arriver de pays en guerre, ou qui fuient la misère, la famine, l’insécurité, les tremblements de terre… Devant ces gens qui fuient sur les routes et cherchent un pays d’accueil…, qu’est-ce que vous pensez ?

Tout ça ce n’est pas juste. Dieu a créé le monde libre donc les gens peuvent aller dans un autre pays où il n’y a pas de guerres. C’est pour avoir la paix. C’est la paix qu’ils cherchent. Non, ici c’est pire encore… Moi ce que je demande au bon Dieu : qu’ils arrêtent toutes ces guerres pour qu’on reste chacun dans notre propre pays, en paix, au lieu de fuir et d’aller dans un autre pays où on nous traite encore plus mal que quand on était chez nous. Je pense que l’avenir va être très difficile à gérer. Ce qu’il faut c’est prévoir l’imprévisible.

La Terre appartient à Dieu. La terre est pour tout le monde. Je trouve que sur cette terre tout être humain, quelle que soit sa race et sa religion, doit avoir une terre d’asile. Et nous, qu’est-ce qu’on fait, à notre petite dimension ? A ma porte, il y a des gens tous les jours, qui viennent demander du lait pour les enfants. Je leur donne des packs de lait. Je leur donne des vieux vêtements. Tout être humain a droit à sa chance sur cette terre.

Il faut beaucoup prier pour que les présidents du monde entier aient un cœur plus léger. Pendant les élections, ils frappent à toutes les portes. Mais dès qu’ils sont élus, ils oublient les gens qui ont voté pour eux. Moi je vais prier parce que je sais que la prière a vraiment une efficacité. Il faut qu’on arrête la haine.

 

Retrouvez ci-dessous en pièce-jointe, la version PDF de cette intervention.

Retrouvez le reportage vidéo de cette intervention ici sur le site Servons la fraternité.