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Qui êtes-vous Monseigneur Rodhain ?

A l'occasion des 40 ans de la mort de Jean Rodhain, retrouvez cette interview de Jean Rodhain de septembre 1972

30 janvier 2017

"Qui êtes-vous Mgr Rodhain ? Interview de Michel Leclercq", Ecclesia-Magazine, n° 281, septembre 1972, pp. 2¬4.

Haute taille, le cheveu dru, un visage impassible mais où brille un regard perçant derrière les lunettes, toujours vêtu d’un "clergyman" noir très strict : c’est Mgr Jean Rodhain, soixante-douze ans, le « patron » du Secours Catholique français. On le dit flegmatique, voire « réfrigérant ». Mais ses écrits révèlent un cœur sensible, toujours prêt à s’émouvoir devant la misère. On admire son extraordinaire don pour l’organisation. Mais il est surtout préoccupé de promouvoir une authentique charité. On respecte en lui le conseiller du Pape, l’homme aux lourdes responsabilités internationales - pendant six ans, jusqu’en mai dernier, il a été le Président de la « Caritas Internationalis », dont il reste Président d’honneur et membre de diverses commissions. Mais ses proches savent bien que son sens de l’humour sait aller jusqu’à la forme la plus rare de cette rare qualité : une authentique modestie.

Né à Remiremont, dans les Vosges, il appartient encore aujourd’hui au diocèse de Saint-Dié. C’est pour s’occuper de la J.O.C. qu’il est d’abord « monté » à Paris. Fait prisonnier en 1940, il s’évade, puis devient aumônier général des prisonniers de guerre. L’organisation d’entraide qu’il suscite alors deviendra tout naturellement, après la Libération, le Secours Catholique.

Le Secours Catholique ? Dans le grand public, on connaît surtout ses interventions spectaculaires à l’occasion des grandes catastrophes : Malpasset, Skopje, plus récemment le Biafra et le Bengale. Grâce à la télévision, tout le monde associe le nom de Mgr Rodhain au spectaculaire pont aérien qu’il organisa, avec le « Joint Church Aid », pendant la guerre du Biafra : des centaines de milliers de vies humaines furent sauvées grâce à cette héroïque initiative.

Le Secours Catholique ? Pour les Parisiens, c’est aussi le grand immeuble moderne du 106, rue du Bac. Et ceux qui ont pénétré dans la cour intérieure de cet immeuble ont eu la surprise d’apercevoir, au rez-de-chaussée, un gros ordinateur en fonctionnement.

Pourtant, l’essentiel n’est pas là. Car le Secours Catholique, c’est surtout un extraordinaire réseau de sympathisants - ils sont près d’un million - et de représentants paroissiaux, groupés en délégations diocésaines, toujours prêts à se mobiliser pour venir en aide aux misères et, si possible, pour prévenir la pauvreté.

Et Mgr Rodhain considère que la tâche principale de son « siège social » parisien réside dans l’animation constante de ce réseau : d’où l’importance qu’il attache au journal Messages, qui tous les mois rappelle à ses 970 000 abonnés les urgences de la charité. Quant à l’ordinateur, il a surtout pour tâche, justement, la tenue à jour et l’exploitation du fichier des abonnés. « Ce fichier, dit Mgr Rodhain, c’est notre plus grande richesse ; il représente quarante ans de travail ».

Autres tâches du « siège social », la gestion des « cités-secours » (Paris, Lourdes, Jérusalem), où moins fortunés peuvent trouver un hébergement de dépannage, et différentes maisons d’accueil ; plusieurs services spécialisés : urgences, malades, prisons, migrations, rapatriés d’Afrique du Nord, Nord Africains, assistance technique internationale - les fameuses « micro-réalisations ! » -, valises-chapelles, Afrique et outre-mer, jeunes ; et sans oublier un « service de la recherche », toujours à l’affût des nouvelles formes que peut prendre la charité aujourd’hui.