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Sainte Angèle Merici (1474-1540)

25 avril 2017
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Sainte Angèle Merici (1474-1540)

« Donner le bon exemple, Dieu pourvoit. »

 

  • Contexte

1440 : Guttenberg invente l’imprimerie

1492 : Christophe Colomb débarque au nouveau monde

1500-1510 : Raphaël, Vinci, Michel-Ange réalisent leurs chefs d’œuvre

1520 : Luther rompt avec Rome

1540 : Ignace de Loyola fonde la compagnie de Jésus.

1542 : Paul III convoque le Concile de Trente

  • Vie de Sainte Angèle Merici

Angèle vit le jour au dernier quart du 15ème siècle, à Desenzano, dans le nord de l’Italie, vraisemblablement vers 1474. Elle mourut en 1540, âgée d’environ 65 ans. Angèle, avec ses frères et sœurs, grandit au sein d’une famille chrétienne. Le soir, le père, Jean Merici, lit à ses enfants un épisode de la vie des Saints, ce qui marque profondément la petite Angèle. Les parents habitent une ferme, « Les Grezze », et vivent modestement mais décemment. Angèle est une enfant gaie. Elle aime prier et s’attache à Jésus, son « unique trésor ». Hélas, la première partie de sa vie, heureuse, est de courte durée. En quelques mois, l’adolescente perd ses parents et l’une de ses sœurs.

Angèle devait avoir entre 16 et 18 ans. Elle est accueillie chez son oncle maternel, Biancoso. Pour Angèle, c’est un changement de vie. Elle connaît désormais une vie citadine plus aisée même si elle accomplit au sein de la famille les travaux de servante et non de fille de la maison.

Elle se fait Tertiaire de Saint François, à Salo. Le Tiers-Ordre, dont elle assumait la règle et portait l’habit, lui donnait en quelque sorte un statut dans le monde et l’engageait officiellement dans une vie de prière, de pauvreté, de pénitence.

Angèle, parvenue à l’âge adulte, revint habiter dans sa maison paternelle à Desenzano. Elle participe à la vie paysanne.

C’est là, en plein champ, pendant le repos de midi, qu’Angèle allait recevoir de Dieu la révélation de sa mission. Angèle voit une échelle élevée vers le ciel et des jeunes filles qui montent et descendent. Selon ses dires, Dieu lui révèle qu’elle fondera un jour une nouvelle famille religieuse qui rassemblera des femmes pour accomplir une mission dans l’Église.

Pendant une période prolongée, rien de spécial ne signalera Angèle à ses contemporains. Ce fut une longue attente de 1493 environ à 1516. Pas de mission. Pas de fondation. Angèle prie, attend.

Avec les années, son caractère s’affine, elle se maîtrise davantage, devient plus compréhensive. Peu à peu, elle témoigne de ces qualités d’amabilité et de douceur qui fait rechercher sa présence. On l’invite. Elle se rend chez les autres en toute confiance et cherche à les orienter vers les valeurs spirituelles.

Vint la guerre avec son cortège d’horreurs : confiscations, destructions, emprisonnements, mises à mort sans jugements.

A l’invitation de son directeur spirituel, un Capucin, Angèle se rendit à Brescia pour une mission de consolation. Angèle passa environ une année chez une pieuse patricienne, l’aidant à retrouver son équilibre. Une fois sa mission terminée, Angèle décida de rester à Brescia. La ville lui offrait des avantages spirituels inconnus à Desenzano : messe quotidienne, possibilités de s’approcher davantage des sacrements, homélies substantielles pour sa vie chrétienne.

Deux années plus tard, Angèle, qui avait alors dépassé la cinquantaine, eut l’occasion de se rendre en Terre Sainte. La décision ne manquait pas de courage : inconfort et longueur du voyage, danger des Turcs, mauvais temps inhabituel. A cela s’ajoutait une ophtalmie contractée en Crète, rendant Angèle presque aveugle. Elle continua le voyage, intrépide, et pendant plusieurs semaines, s’adonna à la contemplation intérieure des mystères du Christ.

Au retour de Rome s’ouvre une nouvelle étape de la vie d’Angèle. Elle déploie des dons apostoliques exceptionnels. Angèle approche de la soixantaine. L’heure est venue d’accomplir sa mission.

Le 25 novembre 1535 eut lieu la fondation de la compagnie de Sainte Ursule, qui deviendra par la suite le Ursulines de l'union romaine, congrégation éducative. En 1537, Angèle convoque le premier Chapitre Général. Elle est élue Supérieure à vie de la Compagnie. Vers la fin de 1539, sa santé décline ; elle se met à rédiger son Testament spirituel et ses Avis pour les Supérieures de la Compagnie. Le 27 janvier 1540 elle meurt, enfin unie pour toujours à Celui qu’elle a tellement aimé et servi pendant sa vie.

III) Spiritualité de Sainte Angèle Mérici.

Une spiritualité trinitaire

Le Père pour Angèle : Quand Angèle s’adresse au Père, elle le voit toujours comme Providence, car, « Le Père Lui-même vous aime ». Dans l’insécurité et les temps difficiles qu’elle connaît, Angèle exhorte à une grande confiance en Dieu.

Le Christ pour Angèle : Fidèle à une très ancienne tradition de l’Eglise, Angèle voit le Christ comme son Epoux. Elle a pour Lui un amour inconditionnel. C’est Lui son « unique trésor », sa « seule vie », « son unique espérance ».

L’Esprit Saint pour Angèle : Angèle a frappé ses contemporains par son extraordinaire docilité à l’Esprit Saint. C’est Lui qu’il faut prier afin de nous mettre sous son emprise et lui demander ses dons, celui qui aide notre prière, celui " Qui nous envoie continuellement ses conseils et ses inspirations... qui nous enseigne toute vérité."

Une spiritualité ecclésiale

Face à une Réforme protestante prépondérante, Angèle va affirmer son attachement à l’Eglise, à sa doctrine, à ses usages. L’Eglise est pour Angèle, " la Mère, la sainte Mère " à laquelle elle prouve son attachement en allant jusqu’à Rome vénérer les reliques et recevoir du Pape sa bénédiction pour son œuvre, et pour laquelle elle exhorte à "mener une vie nouvelle". Cette vie nouvelle, dans une cité blessée par tant de vengeances et de haine, consistera, entre autres, en une vraie affection fraternelle, menant à une spiritualité communautaire.

Une spiritualité communautaire

Elle donne des encouragements forts pour tisser entre ses filles de vrais liens fraternels, puisque "Dieu vous a accordé la grâce de vous unir ensemble pour servir sa divine Majesté". Elle leur demande de "vivre dans la concorde, unies ensemble, toutes d’un seul cœur et d’un seul vouloir, d’être liées l’une à l’autre par le lien de la charité" en "s’estimant, s’entraidant, se supportant en Jésus-Christ."

Une spiritualité apostolique

A la prière se joint une action efficace, celle du témoignage de vie : "Dites-leur que, où qu’elles se trouvent, elles donnent le bon exemple... qu’elles cherchent à mettre la paix et la concorde partout où elles seront. "Que toutes nos paroles, nos actions et nos comportements soient toujours un enseignement et un motif d’édification pour qui aura affaire avec nous, ce qui suppose que nous ayons toujours brûlante au cœur la charité." La charité, cet "amour pour Dieu et pour le salut des âmes", voilà le moteur apostolique qui poussera à connaître "non seulement les noms" de celles qui leur sont confiées, "mais aussi leur condition et leur tempérament, leur situation et tout ce qui les concerne", et cela avec une "vive charité", tenant chacune "gravée dans l’esprit et dans le cœur."

La transformation de la Compagnie en Ordre religieux, après le Concile de Trente (1545-1563), a obligé les filles d’Angèle à entrer dans des cloîtres. Apostoliques, elles ont continué d’être apôtres en devenant éducatrices. Héritières de la «pédagogie» d’Angèle, qui excellait dans l’art d’accueillir et de conduire chacun, les Ursulines ont su alors devenir des formatrices à travers les siècles, et spécialement au service de la jeunesse, selon la mission que l’Eglise leur a confiée.
« En tout, soyez aimables ! Gardez-vous de vouloir obtenir par la force. En effet, Dieu donne à chaque être humain le libre arbitre. Le Seigneur ne veut faire violence à personne. Il propose seulement, il invite et conseille. »

IV - Le message que nous donne Sainte Angèle Merici aujourd’hui

1- Inculturation

Angèle frappe d’abord par son extraordinaire adaptabilité. Elle se sent à l’aise et sait parler à toutes les classes de la société depuis les pauvres portefaix, qu’elle choisit comme témoins du premier Chapitre Général, jusqu’au Prince Francesco Sforza, Duc de Milan. Angèle, qui n’a jamais été à l’école, est avide de lectures. Elle se fait ainsi une vaste synthèse personnelle dans le domaine de la foi et de l’Ecriture Sainte, si bien qu’elle est consultée, qu’on l’interroge, qu’elle arrive à faire des exposés « savants et spirituels».

2- Prophétisme

Devant l’ignorance religieuse et la carence de la catéchèse, Angèle est poussée à lire, à s’instruire, à éclairer, à expliquer, à approfondir. Elle ne critique personne ; elle agit seulement avec douceur et conviction. Elle encourage les riches Dames à se mettre au service des humbles filles d’artisans et ouvriers de son Institut.

3- Dynamisme créatif

Angèle fait preuve de dynamisme surtout dans la réalisation de sa mission : la fondation de la Compagnie de Sainte Ursule. Elle innove, à partir des besoins et des appels qu’elle perçoit autour d’elle. A une époque où la vie religieuse ne se conçoit qu’en monastère, elle innove en créant une compagnie de vierges consacrées vivant dans le monde.