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Merci !

08 novembre 2012
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Jean RODHAIN, "Merci !", Messages de l’aumônerie générale, n° 15, 22 décembre 1945, p. 1.

Merci

A tous ceux qui nous ont aidés, merci.

Depuis plus de cinq années, de toutes parts, les secours sont venus. Il a suffi d’évoquer les timbales d’argent qui pourraient devenir les calices des aumôniers de stalags pour que les familles de France, par milliers, nous envoient le souvenir familial, gravé d’un prénom, qu’elles ne reverront jamais. Il a suffi de parler des déportés malades sans familles, pour que des foyers par centaines s’offrent à les accueillir. Lors d’un récent congrès, une conférencière se lamentait sur l’impossibilité d’intéresser le public aux générosités orientées vers les lectures. Je suis d’un avis totalement opposé : près de deux millions de volumes neufs ont été distribués ici parce que - sans aucune subvention officielle - des petits mandats de 20 et de 50 fr. sont venus prouver justement l’intérêt du public dès qu’il est orienté. Ces dons sont venus de partout, et ils continuent. Il eut été normal qu’après l’armistice ils se ralentissent. Au contraire, leur arrivée quotidienne monte régulièrement. Comment remercier d’une telle fidélité ?

Comment remercier surtout de tant de gestes qu’aucune trésorerie ne comptabilisera jamais. Ici nous n’avons été que le carrefour destiné à mettre en contact l’aide et la misère. D’en avoir été le simple témoin, je demeure en admiration devant la générosité, la délicatesse de cœur de l’immense majorité de tout le pays.

Je n’en veux pour preuve que les multiples questions des familles joyeusement réunies pour Noël qui viennent ici nous demander ce que l’on fera pour celles qui attendent encore. Leur chagrin est le chagrin de tous. En ce premier Noël du retour, je supplie Ies familles de ceux qui ne sont pas rentrés de ne pas regarder ces atroces annonces de « Bal de Noël » ou de « messes de minuit payantes ». Non. Qu’elles devinent qu’en chaque famille regroupée, ce soir de Noël, la joie n’est pas totale parce qu’on pense à elles. On ne leur dira point, par timidité, ou par manque de liaison. Mais c’est vrai. Qu’elle se disent aussi que pour leur disparu , et pour celles qui attendent encore, les enfants et les grands devant la crèche prieront : une prière qu’elles n’entendront pas ; mais qui viendra de partout peupler leur solitude. C’est vrai.

Jean RODHAIN