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Le clan et l'équipe

13 juillet 2017
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Jean RODHAIN, « Le clan et l'équipe », Messages du Secours Catholique, n° 65, février 1957, p. 1.[1]

Le clan et l'équipe

Voici sept ou huit dévouements au travail. Leur zèle est brûlant. On ne compte ni son temps, ni sa peine. Cela forme une équipe, ou bien un clan qui n'est que la caricature d'une équipe.

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Ils travaillent sans compter, mais n'admettent personne au chantier, hors des élus choisis : ce n'est qu'un clan.

Ils embauchent largement, même l'ouvrier de la onzième heure : c'est une équipe.

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Ils recherchent des idées partout, ils accueillent des collaborations plus jeunes, ils associent sans compter le timide et l'hésitant : c'est une équipe.

Ils gardent jalousement leurs documents, leurs secrets, leurs recettes : ce n'est qu'un clan.

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Un rien les froisse. Un nouveau ou une nouveauté les font se barricader. Ils sourient entre eux et ironisent sur le compte de tous ceux qui n'ont pas le gabarit de leur cervelle ou de leur myopie : ce n'est qu'un clan.

Ils vont de l'avant. Ils sont assez souples pour faire table rase de leurs méthodes et de leurs expériences devant une situation nouvelle : c'est une équipe.

Ils ont peur de partager un dossier, une idée, une initiative. Leur équipe, leur service, leur méthode sont un piédestal jalousement défendu. Ce n'est plus une équipe. C'est un champ clos. C'est clôturé. C'est un huis clos. C'est un enfer. Ils ont beau s'entendre entre eux, c'est un clan fermé. C'est le contraire d'une équipe parce que c'est exactement en dehors de la Charité.

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Devant une décision de l'Église le clan s'interroge d'abord pour savoir s'il est visé ou qui est blâmé, s'il doit se défendre ou s'il doit condamner les autres. L'équipe ne cherche qu'à voir le souci apostolique de l'Église et travaille aussitôt à s'appliquer à elle-même cette décision et ses conséquences.

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Sur le plan international ou sur le plan d'un bureau local, vous trouverez ces deux mentalités. Elles ont un point commun : le dévouement. Ce qui ne veut rien dire, car s'ils ne se dévouaient pas, ces gens‑là s'ennuieraient ou orienteraient leur dévouement instinctif vers les vieux chiens ou les chats abandonnés.

Le mérite commence lorsqu'on renonce à soi, à son triomphe, à ses prétentions, à se chercher soi‑même.

Ne vouloir chercher que le royaume de Dieu, voilà le difficile. Ce n'est plus le clan. C'est plus que l'esprit d'équipe. C'est Pierre lié par l'Esprit et allant où il ne voulait pas aller car il ne cherche plus que Dieu seul. C'est Paul tout brûlant du Christ présent en lui. C'est Vincent de Paul voyant le Christ présent chez les pauvres et s'oubliant soi‑même.

Et voici l'heure où l'Église va rejoindre l'Église du Silence par la porte de la Charité. Comme au temps des Apôtres, dans la misère du monde de la faim, l'Église est au chevet des pauvres gens. C'est plus que jamais une aurore d'espoir, c'est l'heure de la Charité mais à l'échelle mondiale.

Une équipe apostolique surmonte et dépasse ses antipathies, ses préjugés. Elle découvre au‑delà de nos humaines lucarnes les perspectives infinies de l'Église du Seigneur. « Lorsque deux ou trois seront réunis en mon nom, Je serai au milieu d'eux ».

Seigneur, apprenez‑nous à fuir l'esprit de clan, pour que Vous soyez au milieu de nous. Ce n'est même plus l'équipe humaine. C'est déjà la communauté apostolique. C'est construit à coups de renoncements quotidiens. La véritable Charité est à ce prix.

 

[1] Réédité dans : Jean RODHAIN, Charité à géométrie variable, p.117-120. OCR effectué sur Charité à géométire variable.