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Les deux découvertes ou le rideau de froid

10 juillet 2017
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Jean RODHAIN, « Les deux découvertes ou le rideau de froid », Messages du Secours Catholique, n° 15, janvier 1951, p. 1.

Les deux découvertes ou le rideau de froid

Le programme rigoureux des audiences publiques s'achevait. Après son discours, après sa bénédiction à la foule assemblée dans Saint‑Pierre, le Souverain Pontife, remonté sur la « sédia », repartait définitivement.

Lorsque brusquement il ordonna l'arrêt du cortège, exigea que la sédia fut déposée, il y eut dans le protocole une stupeur dont toutes les photographies ont conservé le témoignage évident. Abandonnant cortège et maîtres de cérémonies déconcertés, Sa Sainteté Pie XII s'avançait seul vers les paralytiques français. Ce fut un long dialogue bouleversant. Ce fut ‑ pour ceux qui ne le connaissaient qu'à travers le cérémonial ‑ la découverte d'un Père extraordinairement attentif aux misères de ses enfants.

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Oserons‑nous dire que ce pèlerinage comporte une autre découverte ?

Les 200 paralytiques du train spécial n'avaient aucune tendance à geindre.

Et, d'autre part, les infirmières, les brancardiers et les aumôniers ont, par profession, l'habitude des misères.

Cependant quelques faits observés, quelques confidences discrètes, nous ont découvert des situations ignorées. Il y a donc non seulement des hôpitaux où des paralytiques sont immobiles, mais dans tel village, tel infirme qui depuis vingt‑trois ans n'a eu personne pour le sortir de sa chambre : ou bien il manquait un fauteuil roulant, ou peut‑être manquait la personne qui le sortirait. Dix braves personnes de son entourage sont prêtes à s'écrier : « Ah ! si j'avait su ! » Car il ne suffit point d'être un brave homme. Il s'agit aussi de voir clair. Il y avait bien Mille braves filles pieuses à Jérusalem pleurant sur le rebord de leur terrasse, toutes émues le long du Chemin de Croix. Il n'y eut parmi elles, pour oser, qu'une seule Véronique.

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Cette découverte est d'actualité à l'aube de 1951. Car depuis douze mois l'idée d'une guerre mondiale cache les misères moins bruyantes. L'atomique efface le social. Or le social s'aggrave. En 1950 richesse et pauvreté se sont polarisées de plus en plus en deux classes séparées par un RIDEAU DE FROID.

Certains riches sont plus riches qu'il y a un an.

Mais tous les pauvres, tous les humbles sont plus pauvres qu'il y a un an. Les syndicats se taisent. Personne ne crie misère. Mais la misère est criante...

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Venus à Rome pour de multiples Congrès, les spécialistes de mille spécialités ont entendu le Pape leur parler avant tout de charité.

La première activité chrétienne a été celle‑là. Et le premier message a été celui qui parlait par les pauvres secourus et les prisons visitées.

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« MESSAGES » du Secours Catholique remercie tous les lecteurs qui, inlassablement, travaillent à cette découverte de la misère.

C'est l'essentiel.

Jean RODHAIN.