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Encore le LE VIETNAM

12 juillet 2017
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Jean RODHAIN, « Encore le Viet-Nam », Messages du Secours Catholique, n° 47, mars 1955, p. 1.

Encore le Viet-Nam

Beaucoup de paroissiens en retard à la Grand-messe de Samk Georges (Haute-Autriche) : ce matin-là aucune cloche n'avait sonné, pas même pour l'Angélus. Le curé monte en chaire pour le sermon et annonce la grève des cloches. Ce n'est pas le sonneur qui revendique. Le responsable de ce silence, c'est le curé lui-même. Et il explique sa décision. Dans sa paroisse si prospère et si pratiquante une famille de réfugiés ne trouve aucun logis. Tant qu'elle n'aura pas un toit, il lui semble que son troupeau sera en état de péché et qu’il serait scandaleux de carillonner.

Dès le lundi, un hôtelier offrait deux chambres. Le mardi, la municipalité réservait un local. Et quelques jours après l'installation avait lieu pendant toute la procession de déménagement, les cloches sonnèrent à toute volée. Mais c'était déjà, pour beaucoup de paroissiens, enfin réveillés de leur torpeur, un « autre son de cloche ».

Quel rapport avec le Viet-Nam ? Voici. Le compte rendu de mon voyage là-bas m'a valu un abondant courrier. Pas une seule lettre ne dément la réalité des faits avancés. Celles qui critiquent me reprochent de les révéler. Elles estiment que signaler le danger du Viet-Minh communisant, c'est risquer de peiner les milieux populaires et de nous « couper de la masse ». Je prétends exactement le contraire, et je ne sache pas que dans l'Évangile le Seigneur ait édulcoré ses paroles et se soit contenté d'«allusions discrètes » à l'enfer et au péché pour ne pas « se couper de la masse ».

Parmi les lettres de félicitations, une m'a chagriné : son auteur me complimente d'ouvrir les yeux sur le péril communiste asiatique. Mais je connais l'auteur. Il est puissant et riche, et dur, et implacable. « Seigneur, ouvrez-lui donc les yeux sur le danger qu'il fait courir à l'Occident par son propre aveuglement sur lui-même. »

Vous aurez beau, avec clairvoyance, signaler l'épidémie de variole au loin, je prétends que vous êtes aveugle si vous ne vous faites pas vacciner vous-même et si vous ne donnez pas à vos frères le minimum vital pour leur santé.

Vous aurez beau, avec clairvoyance, dénoncer l'épidémie communiste en Extrême-Orient, je prétends que vous êtes « aveugle » si vous ne savez pas donner à votre christianisme social en France un aspect tellement séduisant que chacun le préfère à toute comparaison.

Les chrétiens qui, dans la société, occupent un poste civique ou social, ou professionnel, sont responsables du visage de la communauté chrétienne. Chacun fera la comparaison avec l'autre civilisation. Et tous choisiront, après avoir vérifié, ou bien la Cité sans Dieu, ou bien la Cité que nous construirons d'après l'Evangile. Or l'Évangile n'a jamais conseillé d'avancer dans la voie du progrès avec une canne blanche à la main.

Même si vous remplissez tous vos devoirs sociaux, même si vous ne vous croyez responsables de rien, il reste à côté de vous, silencieuses, ces détresses qui font l'objet de la nouvelle Campagne du Secours Catholique.

Elles foisonnent partout.

Guettez les cloches dimanche prochain. Allez les écouter de préférence en visitant une mansarde, un asile, un taudis. Elles ont parfois, en ces lieux de détresses très silencieuses, un autre son…

                                                                                              Mgr Jean Rodhain

 

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