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Y croire

24 juillet 2013
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Jean RODHAIN, « Y croire », Bulletin de liaison du Secours Catholique, n° 6, 15 juin 1947, p. 1.

Y croire

Rien ne remplace un contact. C’est sur place seulement que l’on se rend compte des situations et de ces admirables initiatives, trop ignorées du parisien, et qui forment la trame de l’activité des provinces françaises.

Mais cependant la simple lecture des comptes-rendus envoyés par les délégations est déjà suggestive, dès qu’on sait lire au-delà du papier.

Il y a les délégations qui attendent la Campagne 1948 en se demandant quoi faire pendant les mois à venir. Elles sont heureusement rares.

Il y a les délégations qui font un plan, et se mettent au travail. Parmi les misères locales, elles ont sérié les urgences. Elles s’accrochent aux évidences. Elles inventent. Elles recrutent de bonnes volontés. Elles s’étonnent de voir qu’à leur activité répondent en écho des dons et de la confiance. Elles s’aperçoivent que le travail réussit toujours. Elles s’aperçoivent que c’est vrai aussi bien dans l’ordre surnaturel que dans l’ordre naturel. Un feu a besoin d’un courant d’air bien dirigé pour brûler intensément... Une vie intérieure a besoin d’une activité bien centrée pour rester vive.

Emmitouflez saint Paul dans du coton et il n’écrira plus ses lettres brûlantes de l’amour du Christ. Véronique accomplit le geste très matériel d’un secours : elle trouve l’illuminante image du Christ.

Donnez à votre délégation diocésaine une dose normale d’activité au secours de la misère et la spiritualité de chacun s’y enrichira.

La matérialité de vingt colis à fabriquer, le gant de crin des déceptions répétées, la douche des bonnes tuiles quotidiennes, la ration vitaminée des critiques humaines, le contact rugueux des misères non pas entrevues, mais réellement contactées : voilà un régime excellent pour la santé, pour celle de l’âme surtout. Si son christianisme est factice, elle gémira. S’il est solide, elle y trouvera une vie intérieure triplée, comme la flamme solide multipliée par le vent.

Après cette Campagne Malades, les délégations vivantes sont celles qui comprennent que l’heure est au travail silencieux, acharné, et en fin de compte surnaturalisant.

J’ai passé hier la soirée avec des non-catholiques. Ils avaient étudié le programme du Secours Catholique. Je n’oublierai jamais la manière dont ils m’ont dit combien ils « y croyaient ».

Ne les décevons pas.

Abbé Jean RODHAIN