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Un carrefour

18 juin 2017
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Jean RODHAIN, « Un carrefour », Bulletin de liaison du Secours Catholique, n° 15, 15 mars 1948, p. 1-2.

Un carrefour

Les premiers chrétiens établissaient un réseau de chrétientés. Il n’y avait pas même « d’organisation d’apostolat ». Ils créaient des communautés. Elles étaient rayonnantes, sans le chercher. Leur existence même était leur force. Tout le reste s'en suivait. Cette méthode solide est la vraie méthode.

La « Campagne des Berceaux » donne à chaque délégation une occasion de trouver des points d’appui solides. C’est une occasion unique de créer un réseau au moyen de personnalités découvertes à propos de cette Campagne même.

Or, ici, les diocèses s’orientent diversement,

Quelques-uns se préparent à rater complètement cette occasion. Ils calfeutrent leur délégation dans un bureau. Ils limitent son fonctionnement à un secrétariat correct : un employé y expédie avec bonne volonté les affaires courantes. A cette allure, dans un an ce sera un « service » d'expéditions charitables annexé à la direction des œuvres. Ceci n’a rien de commun avec le Secours Catholique tel qu'il a été créé par l'Assemblée des Cardinaux et Archevêques (voir Statuts art. l et 2).

L’immense majorité des diocèses, au contraire, forme une authentique délégation diocésaine du Secours Catholique. Elle se réunit. Elle découvre peu à peu la misère diocésaine. Elle prend les décisions en commun. Elle partage les responsabilités entre chacun. Elle recrute des concours. Elle se ramifie par canton. Elle suscite un délégué paroissial. Celui-ci devient le point de rencontre local des misères et des entraides de la paroisse. Il gagne des adhérents, il persuade et il rayonne. A cette allure, dans un an, il y aura dans ce diocèse cinq cent personnes de plus gagnées à la charité du Christ. Il y aura aussi une vitalité charitable mieux axée sur la paroisse.

C’est dans les semaines qui vont venir que chaque délégation va ainsi préciser sa propre physionomie. L'élan de la Campagne des Berceaux aura une prolongation permanente là seulement où l’équipe diocésaine voudra créer un réseau ramifié d’adhérents et profitera de ce crédit que pour l’instant le public lui accorde. C'est une occasion unique.

Une immense confiance monte de partout vers le Secours Catholique. Ne décevons pas tous ceux qui nous font cette confiance. Nous sommes à un début.

Entre la solution facile du « bureau annexé à telle direction » et la solution difficile de l’équipe à former et à ramifier c’est à chaque diocèse à choisir et à s’orienter.

Le Siège Central ne peut qu’indiquer et suggérer.

Mais Je sais tellement la bonne volonté de chacun de ceux qui reçoivent ce bulletin, je les ai vus à l'œuvre en province depuis un an, qu’ils ne s’étonneront pas si, franchement, je les supplie de prendre garde au danger de la première solution, et de réagir sans cesse pour « vivre » réellement la deuxième.

Abbé Jean RODHAIN

Devant l’Assemblée des Cardinaux et Archevêques du 3 mars, j’ai traité uniquement cette question résumée dans les lignes ci-dessus.