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Diaphragmons l’objectif

06 juillet 2017
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Jean RODHAIN, « Diaphragmons l'objectif », Bulletin de liaison du Secours Catholique, n° 34, novembre 1949, p. 1-2.

Diaphragmons l’objectif

A l’entrée de l’hiver, les responsables du Siège Social viennent de visiter toutes les régions et le contact a été pris avec presque toutes les délégations.

Chacune présente un progrès à souhaiter. Micropolis[1] a laissé son aumônier accaparer toutes les décisions, il faudra que chacun des laïcs reprenne réellement sa place et sa fonction. La délégation de Siremoutiers s’est complue dans ses réunions-rencontres si limitées qu’elle a perdu le contact réel avec la misère des quartiers populaires. En Lidurie aussi, répartition et action sont réalisés par une équipe admirable certes mais équipe hermétique ne tenant aucun compte des mouvements d'Action Catholique diocésaine. Civitabella au contraire est une délégation monopolisée par un grand mouvement qui s’est identifié avec elle au point de tarir le recrutement des humains de l’autre sexe.

Urbirocca reste obsédée par sa capitale et néglige cent bourgades qui attendent un réseau cantonal.

Octoburgis n’accepte dans son comité diocésain que des compétences vénérables, et devra embarquer sans tarder ces éléments jeunes qui furent l’audace des premiers apôtres.

La délégation de Grandmont a recouvert correctement tous les livres de sa bibliothèque, et elle est très fière de ses reliures impeccables, mais elle n’a pas songé aux relations avec la Préfecture, la Sécurité sociale et les grands organismes qui sont la vie même du département.

Isolatissima voulant profiter de la raison sociale du Secours Catholique réussit depuis trois ans à en esquiver les pourcentages nationaux et internationaux : elle s’aperçoit finalement qu’au grand vent de la misère et de la loyauté, ses combinaisons astucieuses craquent de toute part.

Et du Ponant à l'Occident on découvre surtout les mille progrès qu’aurait à réaliser le Siège Social pour être à la hauteur des légitimes exigences d’un réseau national aux prises avec des responsabilités de plus en plus lourdes.

Par contre, les progrès réalisés dans les délégations sont aussi visibles. On a réussi à implanter dans tout un département l’idée de coordination. Ici, grâce à un travail confiant avec l’évêque, la délégation a découvert les pesants soucis d'un diocèse. Ailleurs la délégation est devenue le carrefour réel des activités charitables de tous les mouvements. Généralement elle a su intéresser des hommes jusque là en retrait de la vie, et leur donner une activité.

Mais la constante, la dominante, est l’inquiétude semée partout : les Campagnes annuelles, l'activité même de la délégation dans le diocèse, font que des milliers de gens s’interrogent sur la misère. Le résultat n’est pas immédiat. Mais ils s'interrogeront demain sur leurs responsabilités. Les uns viendront finalement au Secours pour donner quelque chose. D’autres s’apercevront que le problème posé par cette misère découverte appelle une solution familiale ou législative, ou syndicale. Ils iront vers les mouvements familiaux, ou vers le syndicalisme, tant mieux. Tant mieux si le travail du Secours Catholique a pu déclencher ce recrutement. Le travail des adhésions - toujours à l’ordre du jour - a ainsi des conséquences lointaines, imprévisibles et providentielles. Le Secours Catholique donne finalement plus qu’il ne reçoit. Et aux mouvements, il donne mieux que des vivres : il donne des hommes. La charité surpasse tout.

Cette vue d’ensemble sur la situation des délégations au moment du 20 novembre serait incomplète si je ne soulignais pas un progrès très net dons nos relations mutuelles.

L’ambiance de Champrosay avait déjà étonné quelques nouveaux venus par ce climat de confiance qui a toujours été le signe caractéristique du Secours Catholique.

Cependant, certaines délégations aux prises avec des paroisses prospères mais singulièrement intéressées à leur seul domaine, aux prises avec des représentants locaux trop particularistes dans leurs calculs ont finalement mieux compris, en l’enseignant, l’avantage de comptes-rendus confiants, et des mises en commun sans réticence. Il n’y a rien de tel que d’attendre la confiance des inférieurs pour octroyer finalement sa confiance à l’échelon supérieur.

Pour ces cas très rares, les progrès réalisés dans les relations confiantes avec le siège social ont été significatifs. Ils étaient l’exception. Et c’est justement pourquoi cette harmonisation enfin réalisée dans la confiance, réjouira toute la famille du Secours Catholique.

Voici le 20 Novembre passé, la Campagne de l’enfance commence. Dans un mois Sa Sainteté PIE XII ouvrira solennellement la Porte Sainte : un vif courant d’air passera par cette porte ouverte sur le monde : à nous d’en faire un courant de charité.

Abbé Jean RODHAIN

 

[1] Bien entendu ces noms de villes antiques sont purement imaginaires et nous prions nos lecteurs de ne chercher ici aucune allusion à des personnes ou à des villes françaises.