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Attendu que

10 juillet 2017
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Jean RODHAIN, « Attendu que… », Messages du Secours Catholique, n° 20, octobre-novembre 1951, p. 1.

Attendu que...

Attendu que les désignations données aux avenues et boulevards sont choisies parmi les noms de ministres, savants, danseurs ou musiciens, dont la formation et souvent la gloire sont dues à des institutions alimentées par les deniers publics dont la source est l'impôt, c'est‑à‑dire finalement le contribuable.

« Attendu qu'on baptise traditionnellement les rues nouvelles avec des noms de généraux victorieux, mais que ceux‑ci n'ont pu remporter leurs victoires qu'avec une armée équipée par de lourds impôts provenant des contribuables,

« Attendu qu'il est juste de rendre à chacun sa part de gloire,

« Nous décidons que la prochaine avenue disponible de notre Cité sera baptisée « avenue des Contribuables ».

Ceci est extrait (à peu près) du bulletin des délibérations du Conseil municipal d'une ville d'Amérique du Nord.

* * *

Ici, nous n'avons pas de boulevard à baptiser. Mais, aujourd'hui, cette première colonne du journal doit être dédiée à vous tous, dont la contribution volontaire est à la base de la lutte contre la souffrance.

Qui dira combien, chaque année, la Journée Nationale de novembre totalise d'offrandes ignorées ? Que de privations. Que d'économies. Il n'y a pas seulement celui qui, machinalement, ouvre son porte‑monnaie pour la quête du Secours Catholique. Il y a ceux qui ont voulu, choisi, prévu, calculé une privation pour partager avec leurs frères. Les plus humbles ne sont pas les moins généreux. Celui qui calcule minutieusement avec son budget ouvert sur sa table et celle qui ne calcule pas mais donne les yeux fermés.

Sur quelles ondes murmurer un merci assez secret pour qu'il parvienne au cœur de chacun ?

Ici, qu'ils sachent que leur geste secret est sous nos yeux. Ce merci de l'Enfant de Bethléem, du réfugié accueilli, c'est pour eux. Et au delà du résultat matériel, lorsqu'une démarche ou travail porte fruit, sa racine. authentique à qui le fruit est dû, c'est votre personnelle offrande qui en fut l'origine. Merci.

* * *

Le contribuable est contraint. Et vous, c'est librement que, non seulement vous donnez, mais librement que vous choisissez le Secours Catholique pour être votre mandataire. Cela a commencé pour l'Aumônerie des prisonniers, et vous avez continué à faire confiance lorsqu'elle s'est transformée sur ce plan plus vaste de la paix. C'est votre confiance qui me confond. Car je ne suis ni insensible, ni sourd, ni aveugle. Et chaque fois qu'il y a une dépense à engager ou une répartition à proposer au conseil d'administration, j'entends fort distinctement même ce que vous ne dites pas à haute voix. Pour un grincheux infécond dans son monotone grognement, je m'étonne de nombrer mille voix nous déléguant sans marchandage ni apparentements, le soin de disposer de leurs offrandes.

Cette confiance aide à prendre de lourdes responsabilités. Cette confiance dépasse tous les remerciements. Elle crée entre nous tous un lien que les « gens avisés » de ce monde ne peuvent comprendre est ce lien, d'une nature qui n'est point de ce monde...

* * *

« Attendu qu'il est juste de rendre à chacun sa part, permettez que nous vous disions, à chacun, un affectueux merci. »

Jean RODHAIN.