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Le commandant Marc Marchal

10 juillet 2017
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Jean RODHAIN, « Le commandant Marc Marchal », Messages du Secours Catholique, n° 19, septembre 1951, p. 7.

Le commandant Marc Marchal

Il y a un an, le Secours Catholique perdait un de ses fondateurs, le commandant Marchal. Pour son anniversaire, ses amis ont composé une brochure retraçant sa vie si remplie. Le général Koenig en a écrit la préface. Son aumônier des chars de combat lui a donné la conclusion que voici :

Comme il nous manque, depuis qu’il n’est plus là ! Et comment se fait-il qui lorsque deux de ses amis se rencontrent, et veulent évoquer ensemble son souvenir, ils se taisent si vite. Malgré la multitude d’aventures, d’épisodes, d’incidents, d’interventions qui sont inoubliés, chacun devine qu’il y a autre chose qui est plus profond et indéfinissable chez Marc Marchal.

Pourquoi était-il immédiatement de plain-pied avec le diplomate, l’ingénieur, le soldat ou l’employé ? Pourquoi, même dans domaines les plus étrangers à ses compétences techniques, aimait-on à venir le consulter ? Il a été dans les camps de déportés pour beaucoup un médecin, mais sans jouer à l’aumônier, il a reçu de singulières confidences.

Cet enjôleur savait aussi dire des vérités dures. Il savait mettre en garde. Son rythme enfiévré déconcertait. On le croyait absorbé par un engrenage inhumain : c’était juste le moment où il n’oubliait pas de s’occuper d’un petit service espéré par le plus humble. Et souvent le prix du service était doublé par un conseil dosé comme au laboratoire. Ce chimiste cultivait passionnément ses jardins, mais il faut l’avoir vu quitter d’un bond ses tulipes pour courir au premier souci deviné chez un ami. Parce qu’il était un ami incomparable. Il avait l’amitié turbulente jusqu’au limites de l’inattendu, mais en même temps délicate. Il devinait.

Au conseil d’administration du Secours Catholique, il siégeait au galop, haletant entre deux voyages. Mais ses trop rares présences étaient marquées par de vibrants plaidoyers : mieux que personne, il découvrait les misères les plus cachées.

Les relations de chaque âme avec le Seigneur sont les secrets du Seigneur, mais la dernière phrase murmurée par Marc Marchal a été une prière pour la misère des enfants de Bethléem. Son regard portait toujours plus loin qu’on ne le pensait.

Il nous a fait du bien à tous.

Plus que nous ne saurons le dire.

Mgr Jean RODHAIN

Aumônier de la 3° division

de chars de combats