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13 juillet 2017
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Jean RODHAIN, « Actualités », Messages du Secours Catholique, n° 69, juin 1957, p. 1.

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Au cours de sa prochaine Journée Internationale du 2 juin, Pax Christi lance, entre autres, un appel pour la Hongrie. II a bien raison. En France, nous avons accueilli depuis novembre dernier, 10.262 Hongrois. Sur ce nombre, 1.918 sont répartis pour l'Amérique ou d'autres pays, tandis que 223 ont été, sur leur demande, rapatriés en Hongrie[1]. II nous en reste donc 8.121 dont seulement 1.565 dans nos camps de réfugiés. C'est peu, comparé à l’Autriche, qui en héberge encore plus de 45.000. Mais il reste l'aide directe en Hongrie même. Chaque jour des demandes nous parviennent, en particulier pour les médicaments. Les « Caritas » de plusieurs pays ont déjà adressé à Budapest de nombreux wagons. Cette semaine nous offrons à la Caritas de Budapest un camion Citroën pour faciliter ses distributions. Continuez votre aide. Merci.

Dans quelques jours, la Cité-Secours de Lourdes aura le grand honneur d'accueillir Son Eminence le Cardinal Feltin. Toutes les délégations diocésaines du Secours Catholique, réunies pour leurs Journées annuelles, présenteront à l'Archevêque de Paris les bâtiments entrepris cette année. Les équipes d'ouvriers de tous les corps de métier, se hâtent pour l'instant, afin de terminer à temps. Terminer est une façon de parler, car si nous voulions répondre aux demandes des diocèses, il faudrait ouvrir déjà trois chantiers nouveaux pour accepter toutes les candidatures proposées. La prudence commande de se mesurer sur les souscriptions : elles arrivent à cadence régulière. Elles, permettront cette année de loger chaque nuit 500 pèlerins pauvres. Ne disons surtout pas que c’est admirable. La reconnaissance vis-à-vis de ceux qui sont généreux ne doit pas nous aveugler : or il est clair qu’il se dépense en luxe et en inutilités des sommes anormales en France actuellement. Je dis anormales, parce qu'il suffit de voyager avec un peu d'attention en Moyen-Orient ou seulement en Europe pour constater qu'actuellement la France est le pays où on se prive le moins. Comparons, faisons notre examen de conscience, et avouons que la construction en 1958 d'une Cité-Secours de la dimension d'un petit Hôtel-Dieu du Moyen-Age n'a rien de glorieusement extraordinaire. Ce qui serait anormal, c'est que nous ne la construisions pas[2].

Aujourd'hui se terminent ici les travaux d'une Commission spécialement créée par Caritas Internationalis pour appliquer dans les organisations charitables les directives récemment données par S.S. Pie XII en son Encyclique sur l'Afrique. Nous avons siégé à Grenade, cette admirable cité si marquée encore par la présence arabe, si vivante et si vibrante dans un climat déjà africain.

Nous eûmes en même temps la joie de prendre part au Congrès National du Secours Catholique Espagnol. Ainsi en trois jours, dans cette contrée si pauvre et si rude, nous avions sans cesse l'occasion d'apprendre un travail que le touriste le mieux disposé ne saurait découvrir. On souffre ici de relire certains reportages récents sur l'Espagne où la rapidité semble avoir remplacé l'attention ni de l'observation du Code de la route, ni de la vigilance mais où la sentence finale est aussi catégorique qu'un jugement dernier.

Sainte-Beuve affirmait que certaines familles parisiennes avaient vécu de 1789 à 1799 sans se rendre compte de la Révolution. Combien d'Allemands n'ont « connu » Dachau et Buchenwald qu'après 1945. J'ai rencontré récemment une excellente personne de Budapest : elle m'avouait honnêtement que dans son quartier on n'avait pas souffert des journées de novembre dernier; sa propre famille vivant en banlieue de Budapest avait à peine soupçonné ce que le monde entier suivait avec angoisse.

Qu'il nous est donc difficile de découvrir là misère véritable de nos frères, et dans cette misère de faire attention à cette Présence qui dépasse tout ce qui est visible.

Il ne s'agit pas de l'attention considérée comme faculté de considérer. II se s'agit pas seulement de l'œil ouvert, de la dactylo penchée sur son clavier. Non. « Ce que vous ferez au plus petit d'entre les miens, c'est à Moi que vous le ferez. » L'attention doit aller jusqu'à cette présence, cette déconcertante, cette vertigineuse, cette terrible présence du Seigneur dans le prochain, alors même que celui-ci est à cent lieues de s'en douter...

Déjà Lazare sur son escalier n'était pas soupçonné par son propriétaire : cet homme riche dont parle l'Évangile, sans le qualifier, mais que le langage populaire a baptisé de « mauvais riche », s'imaginant le classer « à part », comme si ce danger de l'aveuglement n'était pas le péril de nous tous...

Grenade, mai 1957.

Mgr Jean RODHAIN.

 


[1] Voir tableau détaillé page 8.

[2] Voir détails page 4.