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La charité regarde vers demain

08 décembre 2013
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Jean RODHAIN, « La charité regarde vers demain », Messages du Secours Catholique, n° 102, novembre 1960, p. 6-7.[1]

La charité regarde vers demain

Pourquoi les terribles persécutions de Néron et de Domitien ?

Est-ce parce que les chrétiens avaient introduit un dieu nouveau à Rome ? Historiquement c'est insoutenable : Rome était toujours accueillante aux importations de cultes. Il suffit de visiter un musée romain - ou de se promener dans le quartier grec du Transtévère - pour constater avec quel libéralisme les Romains laissaient s'installer les mythologies grecques ou orientales avec leurs dieux, leurs statues, leurs temples et leurs rites. Ces chrétiens ajoutaient un culte oriental de plus ? Aucun historien contemporain n'a signalé un danger dans cette arrivée.

Seulement ces chrétiens s'aimaient. Le chef de famille chrétien aimait son esclave et le libérait. Cela devenait contagieux, mais cette contagion était la ruine du système économique et social de Rome : la suppression de l'esclavage était une révolution. Cette main-d'œuvre économique fournie depuis toujours par les esclaves dans la maison (pour les domestiques) et dans les ateliers (pour les ouvriers), il faudrait la remplacer par des salariés libres. C'était un bouleversement total de la société. Le christianisme était révolutionnaire, car il introduisait un explosif inconnu : la Charité.

Toutes les persécutions de Néron et Dioclétien ont leur origine ici : le législateur découvrait dans la Charité un précurseur pour demain qui risquait de perturber l'ordre social établi hier.

La Charité d'aujourd'hui, c'est la Justice Sociale de demain.

Vincent de Paul considère d'un regard neuf l'enfant abandonné, le galérien, le réfugié. Pour eux il fonde, il réglemente, il établit. Et en 1960 l'Assistance Publique ouvre une exposition sur saint Vincent de Paul pour célébrer celui qui a été son « Précurseur ». La Charité court « en avant ».

Au XVIIe siècle, un curé vosgien, Saint Pierre Fourrier, par charité pour ses pauvres paysans de Mattaincourt invente la mutuelle-assurance incendie : c'est le précurseur du régime des mutuelles du XIXe siècle. La Charité invente avant que la technique ne réalise.

La Charité n'est pas à confondre avec l'hospice de la Chaise-Dieu (c'est de l'archéologie du XIIIe siècle), ni avec un thé de Charité (c'est une mondanité de 1900). La Charité regarde en avant et travaille en avance sur son temps.

Son type, c'est Saint Jean, l'Apôtre de la Charité.

A cet Apôtre, sa Charité lui réserve l'intimité du Seigneur, et au moment des confidences du Jeudi saint, reposant sur la poitrine même du Seigneur, Jean est le plus proche, en avant.

A cet Evangéliste, sa Charité lui donne un regard plus aigu que les trois autres : c'est l'Aigle des 4 Evangélistes.

A ce disciple, sa Charité le fait courir plus vite que les Apôtres : il arrive le premier au tombeau le matin de Paques.

A ce tout jeune Apôtre, sa Charité lui fait deviner les besoins des temps futurs. Il est tellement « en avant » qu'il rédige les prophéties de l'Apocalypse. Et il donne la clef de tout par un mot : « la foi et l'espérance passeront, la Charité ne passera pas ».

Charité mot périmé ? Sont seuls périmés les cerveaux embrumés qui ne savent plus trouver de saveur à cette réalité pleine de jeunesse et d'avenir : l'actuelle Charité.

Mgr Jean RODHAIN

 

[1] Réédité dans TAFDM, pp.39-40. (note de l’éditeur)