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Sahel

01 novembre 2012
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Jean RODHAIN, "Les questions brûlantes posées au Secours Catholique à propos du Sahel", MSC, n° 250, mars 1974, p. 9.

Les questions « brûlantes » posées au Secours Catholique à propos du Sahel

1. - La télévision et les reportages nous ont appris finalement que la sécheresse au Sahel appelait un travail de longues années avec des réformes profondes, des projets coûteux, des programmes importants.
Dans une aussi vaste entreprise est-ce que le Secours Catholique participe à tous les aspects du problème ?

Réponse :
A chacun son métier. Il serait absurde de se substituer aux gouvernements ou aux structures locales. Il serait périlleux d’assumer des programmes trop lourds. Il s’agit de rester à sa place.

2.- C’est bien le sens de la question. Mais comment délimiter cette place ? Il y a maintenant tellement de gens qui parlent du Sahel et tellement d’organismes qui lancent des appels pour la sécheresse que dans cette complexité nous voudrions savoir où se situe exactement l’action du Secours Catholique ?

Réponse :
- La place du Secours Catholique est fixée automatiquement par sa spécialisation : la recherche des plus pauvres. Dans une catastrophe comme la sécheresse, même si les administrations répartissent honnêtement, même si les mécanismes de réformes agraires se mettent en place normalement, il reste toujours une frange de pauvres gens accablés qui échappent aux structures et qui ne peuvent pas s’adapter à la catastrophe : c’est notre part. C’est notre place d’être auprès de ceux là, exactement.

3. - Je comprends ce souci, mais je voudrais des exemples concrets.

Réponse :
Premier exemple : les enfants. Dans ce village du Sahel la statistique indique que personne n’est mort de faim en 1973. C’est exact. Les adultes sont amaigris, mais valides. Par contre les enfants sous-alimentés sont fragiles. Dès que survient une rougeole, la mortalité infantile dépasse tous les pourcentages habituels : ces enfants sont les plus pauvres. Donc priorité à ces enfants dans nos distributions.

Deuxième exemple : les étrangers migrants. Depuis des siècles chaque sécheresse provoque en Afrique Noire des mouvements importants de population. En 1974 cette migration est peut être un des aspects les plus inquiétants de cette catastrophe. Mais on en parle peu. Et il n’y a pas de statistiques. Et dans les distributions les migrants sont les derniers servis - quand ils sont servis . Notre place est donc en priorité auprès de ces migrants.

4. – Les pétroliers savent forer à 2000 mètres de profondeur pour exploiter les poches de pétrole ou de gaz. Pourquoi le Secours Catholique ne ferait-il pas de même.

Réponse :
- Un forage à grande profondeur est une des multiples solutions possibles. Mais un forage de cette importance coûte une véritable fortune, et surtout il exige ensuite pour fonctionner une force motrice, des pièces de rechange et des techniciens sur place en permanence.

5. - Pouvez-vous citer une réalisation en cours dans ce type « recherche du plus pauvre » ?

Réponse :
Nous pouvons vous en citer toute une série. Nous choisissons la dernière réalisation dans le dossier des « migrants de la faim » :
La terrible famine en Ethiopie a provoqué une fuite de populations vers le territoire français de Djibouti. Actuellement, dans la seule région d’Ali Sabih, on compte plus de 500 réfugiés dans un état d’épuisement extrême et vivant sous des abris qu’ils ont fabriqués avec de vieux papiers goudronnés et des bouts de carton.

En principe, la police indigène, encadrée par des militaires français, doit interdire le passage de la frontière, mais les réfugiés sont si pitoyables que les policiers les laissent passer et partagent avec eux leur ravitaillement. Malgré les différences d’ethnies et de tribus, les policiers indigènes sont solidaires.

L’état physique des réfugiés laisse craindre des ravages par épidémie. Il y a déjà eu du choléra et on a très peur pour cette population d’une épidémie de rougeole et de méningite.

Ils se sont établis à flanc de colline autour notamment d’Ali Sabih et ont, pour seule ressource, ce que leur donne la mission aidée par le Secours Catholique et le partage des policiers.

A Djibouti-ville, on est dans l’ignorance de cette situation, car par ordre des autorités la presse locale garde le silence sur cette arrivée de réfugiés.
Le Secours Catholique a expédié par avion 600 couvertures et envoyé une subvention de 25.000 N.F. Et nous préparons un envoi de médicaments.

6. - Peut-on savoir par rapport aux réalisations internationales, quel est le pourcentage assumé par le Secours Catholique ?

Réponse :
- Dans un orchestre le rôle d’un violon ne se calcule pas en pourcentage du total des décibels émis par tout l’orchestre. Le rôle du violon est de suivre sa partition et de jouer en mesure. Le Secours Catholique essaye de jouer en mesure d’après l’orchestration internationale des opérations de secours. Mais il suit sa partition qui a été écrite sur une portée « des plus pauvres ». La traduction chiffrée n’aurait aucun sens.

7. - Est-ce que cette opération Sahel n’est pas ralentie à cause des préventions du public à la suite de la crise du pétrole ?

Réponse :
- Voici une belle occasion de crier cette réponse sur tous les toits : « La crise du pétrole est en réalité une deuxième catastrophe pour le Sahel ». Les dollars gagnés par les pays pétroliers n’iront pas au Sahel. Le Sahel n’a pas de pétrole. Un convoi de camions transportant des vivres pour Tombouctou coûtera plus cher qu’en 1973. Pour son tracteur agricole, le paysan de Haute Volta payera son essence plus chère en 1974 qu’en 1973. Les pays pauvres sont perdants, une fois de plus.

8. - Dans votre programme 1974, je relève l’Opération 500 puits et une longue série de nouvelles Micro-réalisations. Ce sont des projets à moyen terme.
Mais y aura-t-il encore, comme l’an dernier pour le Secours Catholique des opérations d’urgence ?

Réponse :
- Au service des enfants, nous préparons pour la période de Pâques une grosse opération « Envoi de lait ». Transport prévu par bateaux et ensuite camions. Mais en raison de la crise actuelle, c’est maintenant, pendant ce mois de Mars, qu’il faut acheter les stocks et préparer les colis.

Cette opération d’urgence pour les enfants au Sahel va porter sur près de 200 millions d’A.F.

Nous savons que les lecteurs de « Messages » répondront positivement à cette dernière question. Merci.