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Le carnet de Sidoine - 75-02

23 octobre 2012
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"Le carnet de Sidoine", MSC, n°259, février 1975, p.2.

Le carnet de Sidoine

Question 1
- La Télévision nous a présenté à l’émission « 24 heures sur la une » le 23 décembre dernier un reportage bouleversant sur la mission de Mymensingh au Bangladesh. Les photos de cette famine sont affreuses. Est-ce que le Secours Catholique ne pourrait pas inclure cette mission dans ses distributions ?

Réponse
- Ce sont les religieuses missionnaires de Saint-François-de-Sales, dont la maison mère est à Troyes, qui desservent ces postes de la région de Mymensingh dans des conditions très dures. C’est pourquoi, depuis quatre ans, le Secours Catholique leur envoie régulièrement des secours. Mais il en faudrait dix fois plus... (Voir page 5.)

Question 2
- Autrefois nous devions chaque vendredi supprimer la viande. Et nous entendions lire chaque année en chaire un long « Mandement de Carême » où étaient rappelées les obligations du jeûne avec toutes sortes de détails culinaires. Un beau jour on a tout supprimé en annonçant que ces privations seraient remplacées par d’autres formes plus adaptées à une économie de partage. Or on ne nous présente aucune solution de remplacement. Que se passe-t-il ?

Réponse
- C’est à la suite du concile Vatican II que les formes de pénitence ont été adoucies. Mais la transposition cherche sa formulation. Le maigre du vendredi était une tradition connue et précise. Même les restaurants disposaient de « plats maigres ». Tandis que la libre privation n’a pas de points fixes ni de rappels précis. Mais, peu à peu, en face des misères du tiers-monde et de la suralimentation en Occident, les chrétiens cherchent à revenir vers des vendredis et vers un Carême marqués par des privations efficaces. Nous sommes dans une période où se préparent les traditions de l’an 2000. C’est le moment d’inventer et de proposer. C’est l’heure des initiatives. Proposez...

Question 3
- Après avoir lu « Messages », je suis chaque fois affecté tristement par la description de tant de misères. Pourquoi tous ces détails ? Ne craignez-vous pas de décourager vos lecteurs ?

Réponse
- Pourquoi ? Parce que c’est la réalité. Nous recevons chaque jour des quatre coins du monde entier une documentation. Les missionnaires nous écrivent. Les organisations internationales nous envoient des dossiers. Et la mission du Secours Catholique est exactement de transmettre le cri des pauvres du monde entier. La vérité est la première des charités.

Question 4
- Des amis musulmans ont été heureux de voir le dernier numéro de « Messages » célébrer en 1974 la coïncidence de la fête de Noël avec la plus grande fête musulmane. Mais ils m’ont fait remarquer que le texte de Sidoine manquait de précision. Est-ce exact ?

Réponse
- Non seulement le pauvre Sidoine a manqué de précision (euphémisme) mais il a commis une erreur. Il a souligné cette heureuse coïncidence. Il a rappelé que cette fête célébrait le sacrifice d’Abraham, ce qui est exact, mais il a relié cette fête au Ramadan, ce qui est inexact. Le Ramadan se termine par l’Aid Saghir (petite fête), alors qu’il s’agissait, le 24 décembre, de l’Aid el Kébir (fête du mouton).

Question 5
- Dans notre quartier l’équipe actuelle du Secours Catholique a transformé ses heures de permanence et son vestiaire. On ne retrouve plus les méthodes du début. Pourquoi ces changements ?

Réponse
- Probablement parce que votre quartier lui-même a changé. En vingt ans une rue se modifie. Et la mentalité des habitants se modifie encore plus vite. Le Secours Catholique se doit d’être sans cesse en avant et d’inventer des solutions nouvelles à des problèmes nouveaux. Le renouvellement est un rajeunissement indispensable de la Charité qui doit être plus vivante que tout.

Question 6
- J’ai lu dans un journal que les princes arabes venaient jouer des sommes fabuleuses dans des casinos de la Côte d’Azur. Dans ces conditions je n’ai plus envie d’aider le tiers-monde.

Réponse
- Le véritable tiers-monde est cette partie du monde sans pétrole qui souffre de la faim. Ce sont les régions surpeuplées de l’Inde et du Bangladesh. Elles ont un évident besoin d’aide.
Sur ce fond de misère, le gaspillage et le superluxe de certains rois du pétrole sont des scandales.
Quand, à la veille de Noël, on voit en France la bousculade devant certains magasins de luxe, alors qu’il reste tant de solitudes et de misère, le scandale est le même.

Question 7
- Je lis dans les journaux que dans un quartier paisible du centre de Rennes, un bébé de huit mois auquel sa mère ne donnait que de l’eau sucrée serait mort de faim. Est-ce exact ? Est-ce possible dans notre France actuelle ?

Réponse
- C’est rigoureusement exact. il s’agit de la famille de Michèle B... Mais ici ce n’est pas comme au Bangladesh un problème de famine. Le ménage B... avait de quoi acheter du lait. C’est un problème d’ignorance et de négligence. Cette mère ne savait pas soigner son enfant. Oui, il y a en France des enfants qui meurent par manque de soins.
Si dans un pays d’abondance on arrive à de tels drames, cela prouve combien la cause des enfants sans défense a besoin d’être sans cesse rappelée...