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Le carnet de Sidoine

21 octobre 2012
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"Le carnet de Sidoine", MSC, n°269, janvier 1976, p.2.

Le carnet de Sidoine

Question 1 :
Connaissez-vous ce Comité pour la Paix qui est en difficulté au Chili, et le Secours Catholique a-t-il affaire avec lui ?

Réponse :
- En accueillant en France les réfugiés chiliens, nous avons été aux prises avec de multiples problèmes de familles séparées et inquiètes. Chaque fois, nous avons été témoins de l’action inlassable et efficace de ce Comité interconfessionnel dans lequel Caritas Chili avait sa large part. Une brutale décision du général Pinochet a interrompu l’existence de ce comité. Une lettre de protestation digne et ferme du cardinal Silva Henriquez, archevêque de Santiago, précise que ce travail auprès des prisonniers et de leurs familles sera continué par tous les participants de ce comité.

Question 2 :
- On parle beaucoup de la misère ou Bangladesh. Mais on voit peu de communiqués sur l’action du Secours Catholique dans ce malheureux pays. Pourquoi ne publiez-vous pas un bilan ?

Réponse :
- Il est facile de faire le total de ce qui a été dépensé par le Secours Catholique dans ce secteur.
Si on totalise les moyens de transport (camions, bateaux), les médicaments et les versements en espèces à Caritas Dacca (CORR), on arrive au chiffre de 12.680.604 F soit 1 milliard 268 millions d’AF offerts par les lecteurs de « Messages ».

Question 3 :
- Je me représente la Charité comme une vertu vénérable mais qui aurait bien besoin d’être dépoussiérée. Qu’en pense Sidoine ?

Réponse :
- Si la Charité était une statue en plâtre immobile dans la niche d’une cathédrale, elle aurait besoin, comme toutes les statues, d’un coup de brosse et d’un aspirateur à poussière.
Mais la véritable Charité n’est pas une statue immobile. C’est une vivante, les cheveux au vent, œuvrant dans les courants d’air de la vie quotidienne, aux prises avec de multiples travaux d’intervention et de partage. On n’amasse point de poussière à ce régime.
Si certains conservent dans leur mémoire une antique figure périmée, c’est un devoir pour une Charité 1976 de présenter un autre visage. Un visage attentif à la télévision qui informe sur les situations du tiers-monde. Un visage éveillé aux besoins des nouvelles pauvretés. Un visage dont le sourire soit capable de comprendre la famille du prisonnier comme celle de l’immigré : il y a une manière de regarder qui permet de deviner les misères cachées sans les souligner ni les blesser. Cet accueil, cette attention ont sans cesse besoin de se raviver, de se rajeunir, de s’adapter.

Question 4 :
- Je viens de lire dans un hebdomadaire des révélations sur les facilités qu’aurait données le Vatican à des responsables nazis pour se réfugier en Amérique du Sud après 1945. Qu’en pensez-vous ?

Réponse :
- Ce n’est pas une révélation. L’Église a toujours revendiqué le « droit d’asile » pour ceux qui se réfugient dans une église ou un monastère. il est exact que le bureau des réfugiés du Vatican a facilité l’acheminement vers l’Amérique du Sud d’un certain nombre de réfugiés allemands. Pour avoir une idée exacte du rôle joué par le Vatican à cette époque, voir le document que viennent de publier les Editions S.O.S. : « Pie XII face aux nazis », par Ch. Klein. 1 volume de 250 pages.

Question 5 :
- A Paris vient de se tenir une conférence dite de l’axe Nord-Sud. Avez-vous une opinion sur la question ?

Réponse :
- Oui, cela me fait faire un rapprochement. En 1967, le pape Paul VI, dans son encyclique Populorum Progressio, a longuement développé le thème suivant : « La question sociale est devenue mondiale. » Or les présences autour de la table de conférence figuraient exactement les données du problème - les pays riches, les pays pauvres et les nouveaux riches du pétrole. Et si on étudie attentivement les déclarations faites et les commissions mises en place, on y reconnaît les signes d’une recherche commune. C’est nouveau. Je prétends que dans sa définition, la conférence Nord-Sud paraît faire écho exactement à Populurum Progressio.

Question 6 :
- On prétend que dans votre organisation du Siège social, le rouage essentiel est désormais constitué par l’ordinateur, cette extraordinaire mécanique. Qu’en pense Sidoine ?

Réponse :
- Je ne suis absolument pas d’accord. En 1976, un ordinateur est devenu un outil banal et d’un emploi normal dans un organisme de moyenne importance.
Au Secours Catholique, le rouage central est ailleurs. C’est cette noria extraordinaire, inlassable et incessante qui est alimentée et animée par des centaines de milliers de lecteurs fidèles. Il reste tant à faire, mais ce qui est réalisé est fourni par l’arrivée quotidienne d’innombrables offrandes et de petites privations. Le rouage le plus curieux, le plus significatif de ce mécanisme, ce n’est pas un ordinateur, mais le compte-chèque postal : 5620-09 Paris.