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A Monseigneur Jean Rodhain (1946-1977), article de Laurent Hochart

10 octobre 2017
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A Monseigneur Jean Rodhain (1946-1977),

Fondateur du Secours Catholique-Caritas France,

à l’occasion du quarantième anniversaire de sa disparition.

 

« Franchie la rude montagne sombre, c'était la vision de l'immense plaine lumineuse et, dans le lointain, par temps clair, on « La » voyait se profiler: la Cathédrale ! « Le grand ange rose debout entre les Vosges et le Rhin ! » « Pour moi, écrivit Jean Rodhain, la flèche de Strasbourg est liée à cette maison familiale blottie à ses pieds, où du balcon, ma mère me détaillait le portail, la grande rosace et les peuples des statuts roses. Un enfant n’oublie jamais cet émerveillement devant les anges et les rois immobiles dans leurs galeries. [1]»

SES RACINES

De cœur, Jean Rodhain l’enfant de Remiremont, est un peu alsacien... Son enfance et sa trajectoire personnelle sont marquées par le drame de la génération de ses parents, qui ont dû choisir entre la France et l'Alsace. Lui-même, jeune prêtre, il fut définitivement marqué par la deuxième guerre mondiale, durant laquelle il se donnera sans compter au sort des prisonniers de guerre. C'est incontestablement dans ces racines que Jean Rodhain puisera, à la libération, la force nécessaire pour réaliser l'union des œuvres caritatives de France, selon le projet de l'Assemblée des Cardinaux et Archevêques arrêté au printemps 1946.

UNE INSPIRATION ?

Nous pouvons supposer que Jean Rodhain connaissait l’exemple de la Caritas d’Alsace, la plus ancienne Caritas diocésaine au monde, fondée en 1903 par Monseigneur Paul Müller-Simonis, en lien étroit avec ses homologues de Freiburg. Dès l’origine, les Caritas d’Alsace et de Freiburg furent constitutives de la volonté de coordonner les œuvres congréganistes, diocésaines et laïques pour un meilleur rayonnement de la charité chrétienne. C'est d'ailleurs la même feuille de route qui fut confiée par le futur Paul VI, lorsqu'il demanda dans l'immédiate après-guerre la création d'une Caritas de France, qui « représentera mieux par elle-même l'unité d'esprit qui anime la charité chrétienne ».

UN PROJET

L'élan que Jean Rodhain va alors susciter dans tout ce pays meurtri, en pleine reconstruction, est à la hauteur de son projet : « Allumer le feu de la charité » ! Son action ne repose pas d'abord sur des moyens et des techniques qui restent toujours bien modestes face à la misère, mais avant tout sur le sursaut de la fraternité : « Le Secours catholique doit faire découvrir à chacun la misère de ses frères. C'est l'essentiel ».

UNE METHODE

Les campagnes relayées à l'échelle des diocèses et des paroisses seront l'outil d'une véritable pédagogie de la charité. Celle-là même qui comporte des opérations et des paroles... « l'Evangile, ce modèle de pédagogie, comprend 50% d'opérations et 50% de paroles. » La méthode est simple mais radicale : interpeller pour mettre en mouvement... Voir pour juger et agir au service de la promotion de la solidarité. Au niveau local, au plus proche des individus, la charité est organisée pour répondre à tous « quelles que soient leurs opinions philosophiques et religieuses, à l’exclusion de tout particularisme national et confessionnel », parce que « nous ne sommes pas une société de bienfaisance légèrement colorée d'un peu de religion. Non, c'est juste le contraire. La croix est au centre de notre insigne. »

Dès 1947, le Secours Catholique développera en parallèle des secours, d'une part son action internationale répondant à la vocation universelle d’une charité au service de toute la famille humaine, et d'autre part, les cités-secours qui permettent de pérenniser des réponses spécifiques à certaines pauvretés.

UN PARTENARIAT

Caritas Alsace et le Secours Catholique ont établi un véritable partenariat dès 1976, afin de coordonner leurs actions et d'adopter une même communication. La seule indépendante parmi les délégations du Secours Catholique, la délégation alsacienne n'en demeure pas moins attachée à la figure de Jean Rodhain, qui permit à la Fédération de Charité du Diocèse de Strasbourg de refonder son action sur une dynamique nationale, cohérente avec son appartenance plus ancienne au réseau Caritas lnternationalis.

SOUVENIR

En cette année de mémoire de l’œuvre de Jean Rodhain – qui nous a quitté le 1er février 1977 –, nous rendons hommage à cet inlassable serviteur des pauvres, brûlé du feu de « cette charité échappant aux limites des colis et de la philanthropie, dépassant le matériel et l’humain… enjambant la frontière de l’au-delà ; enraciné en Dieu, [celle qui] voit en ce voisin le Seigneur présent en lui, [et lui porte] une sève venant du Christ. »

LH.

 

[1] Jean Rodhain, prêtre I (1900-1946), Jean Colson et Charles Klein, éditions SOS 1981