12000 morts et 300000 blessés
Jean RODHAIN, « 12000 morts et 300.000 blessés », Messages du Secours Catholique, n° 164, juin 1966, p. 1.
12000 morts et 300000 blessés
Le fait
Douze mille morts et 300.000 blessés[1]. Ce n'est pas un tremblement de terre en Iran. Il ne s'agit pas non plus d'une famine en Bolivie. Cela est arrivé en France.
Douze mille morts et 300.000 blessés. Il ne s'agit pas d'un mal traditionnel comme la pneumonie ou la grippe. Non, il y a 50 ans cette hécatombe était inconnue. Ce fléau est récent.
Douze mille morts et 300.000 blessés. Ce n'est pas un fléau imprévisible, tombant du ciel comme la foudre ou surgissant d'un volcan en subite éruption. Non, dans cette hécatombe, exactement comme du temps des fantassins de papa, 85% des victimes sont frappées par la faute d'autres hommes : ceux-là n'ont pas entre les mains un fusil, mais un volant. Car il s'agit non de l'auto, mais des automobilistes, nos frères.
Le progrès
Sur les chemins de la vie, la mortalité infantile au XVIII° siècle était une hécatombe. Depuis, on a réussi peu à peu, à réduire ce chiffre.
Sur les routes de France, au XV° siècle, les groupes de lépreux étaient fréquents. Depuis on a réussi, peu à peu, à éliminer presque totalement la lèpre.
De Jérusalem à Jéricho, la route n'était pas sûre. Brigands et voleurs assaillaient le voyageur. Et encore dans la forêt de Sénart ou la traversée du Morvan, on comptait au XIX° siècle les assassinats par centaines. C'est fini. On a presque réussi à réduire les enlèvements et à supprimer les meurtriers de grand chemin.
Alors pourquoi en 1980 ne pourrait-on pas se féliciter d'un même progrès réalisé en éliminant les meurtres prévisibles causés par l'automobiliste de 1966. Si on commençait ce travail demain matin ?
Le disque
Je file sur l'autoroute de l'Ouest dans l'encombrement du samedi soir.
J'ai devant moi une voiture à la marche régulière. C'est une voiture suisse, je la reconnais à sa plaque minéralogique du canton de Berne. Mais sur sa glace arrière, que veut dire ce disque bleu marqué S.O.S ?
A côté de moi, Pierrot onze ans est tout fier d'expliquer : « Moi je sais. C'est un signe qui veut dire qu'en cas de mort le conducteur réclame un prêtre. » Nicole, treize ans, rectifie : « Pierrot commet trois erreurs : Primo : Si le conducteur est mort, le prêtre est inutile. Secundo : Le prêtre ne sera utile que si le conducteur, grièvement blessé, réclame par ce signal son assistance. Tertio : Si ce conducteur affiche ainsi son propre souci, il doit donc aussi se soucier de ses frères piétons ou automobilistes. »
Le conflit Nicole-Pierrot risquant de s’envenimer, j'en profitai pour souligner la « conduite » exemplaire de cette voiture suisse se conformant strictement à tous les signaux de la route.
La Suisse, et l'Autriche et l'Allemagne ont lancé il y a dix années déjà, ce disque bleu S.O.S. Il devient un signal européen. Et pour la France il sera mis en distribution cet été. Un signal S.O.S. pour rappeler le respect du piéton. Un signal S.O.S. pour diminuer le nombre des victimes de la route. Un signal S.O.S. pour provoquer l'arrivée de l’aumônier auprès du blessé amené à l'hôpital, n'était-ce pas un signal de SecOurS qui nous concernait directement ?
Un accord conclu avec l'Action Catholique Générale a permis d'assurer une ample harmonisation au service de cette cause de la route.
Le Secours Catholique n'abandonne rien de ses entreprises aux Indes, ni en Afrique.
Mais il entreprend, en plus, une Opération pédagogique sur les routes de France. Les Les œuvres d'autrefois aidaient la veuve et l'orphelin. Nous voulons commencer par diminuer demain le nombre des veuves et le nombre des orphelins. Chaque accident de moins, c’est une diminution dans le total annuel d'hier : 12.000 morts + 300.000 blessés.
Le disque S.O.S. c'est à l'horizon de votre voiture un signe d'azur.
Ce n'est plus une contravention.
Ce n'est pas un gendarme. Sur des kilomètres de bitume, c'est un coin de ciel bleu, ce sera un signal d'espoir.
Jean RODHAIN.
[1] En 1965, exactement 12.335 morts et 292.681 blessés.